Le travail, cette expropriation systémique du temps humain…

Par Camille Loty Malebranche

(Source :
[Altermonde-sans-frontières] Le travail, cette expropriation systémique du temps humain…)

L’une des définitions les plus lucides de l’esclave, est celle d’un individu dont le temps est exproprié par autrui. L’esclavage est l’expropriation du temps de l’homme par l’homme, expropriation diabolique qui, à force de priver l’homme de tout temps propre, finit par le déshumaniser, le réifier, le tuer à toute humanité.

À moins de se fonder sur un compromis et une flexibilité permettant à l’homme travaillant de se valoriser intellectuellement, professionnellement, sentimentalement, familialement et socialement, tout en lui procurant un salaire lui permettant une vie matériellement comblée sans endettement permanent, le travail est un vol du temps, une vampirisation de la vie de l’employé par l’employeur. Car la vie d’un homme sur terre n’est autre que le déploiement temporel de son existence. Imposition pesante de la vitesse de la société de consommation, le travail, avec sa précipitation productive, triture le temps par l’urgence et l’immédiateté.

Et le temps bourgeois, en devient un antitemps - c’est-à-dire un harcèlement constant, enfonçant le temps du travailleur dans l’exclusivisme temporel du présent par et pour la productivité, l’abîme de l’instant à rentabiliser par la production. Ce qui fait de l’homme, l’être du maintenant, et sacrifie toute la vie à la pression de l’urgence, à l’exigence de la performance… C’est littéralement le règne sinistre de l’adage « le temps c’est de l’argent » proclamé par le capitalisme. Ainsi, l’homme ne juge sa vie qu’à l’aune de la rentabilité pécuniaire.

Essence de l’égrugement de l’espace vital de l’homme par l’homme, le temps exproprié par l’employeur-patron à son employé, son ouvrier, représente autant de portions d’existence perdues, autant de morts avant coup dans la durée de la vie du travailleur.

En somme, la plupart des travailleurs sont tous des torturés de onze mois ou plus, qui se donnent, dans le meilleur des cas, un défoulement annuel de deux semaines ou d’un mois et se laissent croire que le système du travail tel qu’il est, constitue un moyen de jouir de la vie. Quinze ou trente jours par année, pour que des ombres prennent provisoirement corps, pour que des frustrés torturés se défoulent avec la permission de leur tortionnaire ! Incroyable monde esclave qui fantasme de la liberté hallucinée que lui vendent ses maîtres au moment même où il obéit au doigt et à l’œil aux structures servant exclusivement les intérêts de quelques familles de banquiers, d’industriels, de commerçants soutenus par leurs larbins politiciens et législateurs qui leur soumettent l’État et la société.

Et pire encore, ils arrivent à faire croire aux peuples que tout cela est indépassable et entre dans un ordre suprahumain ! Comme des vers gigotant, une bonne partie de l’humanité n’a même pas la faculté des mouches qui savent au moins voler et planer au-dessus de la déchetterie où elles vivent. L’homme, comme animal grégaire, abdique devant cette sorte de cybernétique qu’est l’institution sociale qu’il sacralise en automate à son propre détriment. Et, ses repères et références sont en fait ses bourreaux et leur idéologie.

Dans une société du crédit où, hormis les banquiers et les grands riches, tous sont plus ou moins liés par l’endettement, travaillant pour payer factures et cartes de crédit, seuls des machines sans cervelle peuvent croire aux logorrhées sur la liberté et sur la démocratie vantées par nos gouvernements.

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