Dernièrement, une amie me racontait qu’un de ses commentaires posté sous un article sur le site d'un grand média d'"express"ion (oups, certaines touches de mon clavier fonctionnent mal) traitant de la sous-estimation des statistiques sur la grippe A, avec été modéré pour cause " d’humour noir susceptible d’être mal pris ".

Sachez le, pour éviter la censure, il faut maintenant avoir un type d’humour officiellement admis  et unanimement apprécié.

Elle m’a lu le commentaire : pas d’insultes, pas de grossièreté, pas d’incitation à la violence ou à la haine raciale. Un ton second degré certes, une prise de position, un regard critique sur l’OMS et un encouragement à réfléchir par soi-même et à prendre ses propres précautions pour se protéger, au vu du marasme généralisé autour de cette affaire conjuguant au fil des jours informations tour à tour contradictoires, imprécises, débiles ou incohérentes sur la dangerosité de la maladie, son étendue actuelle, la fabrication des vaccins, et les moyens médicaux et logistiques mis en œuvre pour protéger la population.

Et bien non, ça ne passe pas. Toute personne qui dit réellement quelque chose est jugée déplacée et tout propos un tantinet virulent (même quand on parle de virus) par notre presse lénifiante est censuré.

Impossible actuellement de s’exprimer sur les sites des journaux officiels sans s’inscrire, se déclarer, rentrer dans les cases et les fichiers et recevoir la newsletter à la noix qu’on n’a pas demandée et dont on n’arrive jamais à se désabonner.

La modération n’est plus l’exception, mais la règle de petits planqués qui prennent leur pied à exercer leur petit privilège de censeur, à tronquer les pensées et à aseptiser les réactions jusqu’à en extraire toute trace de vie, de fureur, de spontanéité.

Il faut reformuler, s’il vous plait ! Qu’il est beau le quatrième pouvoir.

Seule la mièvrerie a le droit de cité. Pour s’exprimer, il faut tordre ses doigts vingt fois au dessus de son clavier, fumer un bout de moquette pour voir la vie en rose et surtout : faire dans le très politiquement correct. Rogner les angles, lisser l’émotion, la colère, la révolte, jusqu’à pondre quelques lignes insipides et sans intérêt mais qui ne dérangent personne. L’essentiel étant de ne surtout pas prendre le risque de heurter une petite susceptibilité, de choquer une petite âme en sucre échouée ici par erreur, de ne pas, surtout pas, éveiller par mégarde d’un grincement une question, un doute, un malaise, un peu de conscience quelque part...

L’intérêt et la valeur des échanges n’est-il pas justement dans l’espace de liberté qu’on laisse à chacun avec sa sensibilité, ses coups de gueule, sa tristesse, ses propos déplacés et violents parfois, son irrévérence et son insolence ? Quel est le problème à partir du moment ou chaque lecteur a le droit de répondre, de réagir, de se défendre s’il est attaqué, d’argumenter s’il n’est pas d’accord, d’expliquer ce qui le choque et pourquoi ou de dire son malaise ? Quel est cet infantilisme bêtifiant, ce besoin de contrôler ce que vont lire les gens, ce qu’ils vont penser en lisant ? Ils sont grands les gens, ils sont capables de se faire leur propre opinion à la lecture d’un commentaire, sans qu’on leur prédigère le texte, qu’on leur stérilise le sens.

Ce genre d’espace de soi-disant dialogue n’a aucun intérêt, sauf celui de donner l’illusion d’une prétendue liberté d’expression dans ce pays, où une grande partie de la presse semble s’être définitivement couchée.