18 juin 2009
Emotion financière
"Je suis très troublé par les coûts de l'échec dans le domaine de la santé maternelle et infantile. L'impact global des morts de femmes en couches et de nouveaux-nés est estimé à 15 milliards de dollars par an en productivité perdue." (Ban Ki-moon)
Source: Grippe: La pandémie pourrait détruire les services de santé des pays pauvres
Un jour, lors d'une réunion professionnelle, un type, expert-comptable, avait les yeux qui brillaient en parlant d'"émotion comptable" et d'"émotion financière" pour décrire ce qu'il y avait d'excitant dans son job. Sur le moment, j'avais pas bien saisi le concept. Mais voilà vraisemblablement un bel exemple du phénomène : Ban Ki-moon est-il interpellé et touché par le nombre de morts de femmes en couche et de nouveaux-nés, par la souffrance générée par une telle situation, par l'ampleur des problèmes de santé que cela met en lumière ? Non. Ce qui "trouble" le secrétaire général de l'ONU, c'est le "coût de l'échec" et "l'impact global sur la productivité perdue", le chiffre de "15 milliards" ! Nous sommes dans une autre dimension où l'émotion face à une situation humaine, pour être ressentie, doit être préalablement traduite en données chiffrées, où les femmes sont des pouliches pondeuses, et les bébés morts des pertes d'exploitation. En effet, y a de quoi être légèrement troublé. Mais n'en voulons pas trop à Ban ki-moon, sous le coup de l'émotion on ne sait plus ce qu'on dit...
Commentaires
Mathématique comptable ne fait pas bon ménage avec démographie humaine... Les chiffres des uns ne renvoient pas aux mêmes valeurs que ceux des autres !
Globalement,
C'est sinistre. Mis côte à côte les mots peuvent prendre un sens qu'ils n'ont pas dans l'esprit de celui ou celle qui les prononce. Je cite : "Je suis très troublé par les coûts de l'échec dans le domaine de la santé maternelle et infantile."
Ces coûts sont le prix de la vie perdue. intrinsèquement parlant, le mot n'est pas justifié : il a été choisi fort mal à propos. Il aurait suffi de le supprimer : "Je suis très troublé par les échecs dans le domaine de la santé maternelle et infantile". (Quand un enfant meurt, les médecins parlent tous d'échec).
Inconvénient majeur : la phrase suivante qui ne laisse planer aucun doute. Pourtant, il s'agit encore d'une interprétation : la signification réelle se situe dans le fait qu'effectivement accoucher a un coût, la mort également. Tout est médicalisé. Un enfant qui vient au monde représente un surcoût lorsqu'il a des problèmes (deux jours aux urgences pédiatriques représentaient environ 1500 euros pour deux jours - avec la mort au bout - il y a de cela plus d'une vingtaine d'années. Beaucoup d'investissements pour un échec médical (il s'agissait d'une septicémie provoquée par une bactérie hospitalière ingurgitée au moment de la naissance)). A quoi servent ces efforts du corps médical quand on tente de soigner une cause perdue d'avance ?
Bon d'accord, cela me choque comme toi, mais je comprends ce trouble dénoncé par Ban Ki Moon, jusque dans l'expression "productivité perdue". Justement parce que les toubibs font le maximum à n'importe quel prix, surtout quand il s'agit d'un enfant. La mort péri-natale est certainement ce que supportent le moins bien (ou le plus mal) les médecins.
Je t'accorde que Ban Ki-Moon aurait dû soit s'abstenir, soit expliciter ses propos. S'il ne l'a pas fait, c'est bien justement parce qu'il était troublé au-delà de toute expression.
Il y a un coût pour tout mais c'est dommage que ce soit toujours ça qui soit mis en avant et qui provoque le trouble. Il n'est pas le seul dans les gouvernements à sortir ce genre de déclaration vaseuse. C'est maintenant un fait acquis dans les sphères du pouvoir que la vie humaine n'a de valeur qu'économique, au point qu'ils n'imaginent même pas qu'une telle déclaration puisse choquer. et ça c'est grave... Il y a quelques années, qqun qui aurait sorti un truc pareil n'aurait plus eu qu'à s'excuser et à donner sa démission...








