Les entreprises du CAC 40 ont versé 54 milliards à leurs actionnaires en 2008. Presque autant que l'année précédente, malgré la crise. Les explications de Patrick Artus, directeur de la recherche et des études économiques chez Natixis.

Les entreprises du CAC 40 ont versé pratiquement autant de dividendes à leurs actionnaires que l'année dernière, malgré la crise. Pourquoi ?

C'est une réaction défensive à la crise, une réponse à la crainte de perdre ses actionnaires. Aujourd'hui, plus que jamais, l'action est perçue comme un actif risqué. Les entreprises souhaitent donc rassurer leurs propriétaires par l'attribution de dividendes élevés. Puisque le cours des actions ne cesse de baisser depuis la crise de l'été dernier, il faut offrir à ceux qui possèdent encore des parts des rendements intéressants. Pour justifier la prise de risque, on offre donc des dividendes au rendement élevé, de l'ordre de 4,5%. Soit un peu plus que les obligations d'Etat. Finalement, cela répond aux besoins de fonds propres des entreprises et à leur nécessité de se financer.

Le financement, est-ce le problème des entreprises françaises ?

Oui. Le taux d'autofinancement des entreprises est très faible en France, de l'ordre de 50%. Ce qui est anormalement bas comparé aux autres pays européens. Aux Etats-Unis en Allemagne ou en Grande Bretagne, le taux d'autofinancement avoisine les 100%, au mépris de la rémunération des salariés. Les entreprise françaises sont donc particulièrement dépendantes du crédit. C'est un vrai problème à l'heure où celui-ci se raréfie. Pour augmenter l'autofinancement, une seule solution, la baisse des dividendes. Or c'est impossible pour les raisons précédemment invoquées. C'est le serpent qui se mord la queue...

Vous ne devez donc pas être favorable à la règle des 3 tiers (selon laquelle les bénéfices sont répartis à parts égales entre les actionnaires, les salariés et l'investissement) invoquée par Nicolas Sarkozy ?

Cette règle est une absurdité. Un tiers des profits  affectés au financement, c'est plus bas que les 50% actuels. A l'inverse, 33% des bénéfices affectés aux salariés, c'est démesuré. Le propre de l'entreprise et du modèle capitaliste, c'est de faire peser le risque sur les actionnaires et non sur les salariés. Choisir d'être salarié, c'est admettre l'idée d'avoir une rémunération fixe, quitte à ce qu'elle soit plus faible, pour ne pas dépendre des profits de l'entreprise. Sinon c'est prendre le risque, comme aux Etats-Unis d'avoir des salaires fixes très faibles et des parts variables qui peuvent être élevées mais qui en période de crise, diminuent fortement. Si on veut améliorer la situation des employés, il vaudrait mieux augmenter les salaires plutôt que changer la répartition des profits entre salariés et actionnaires.

(Source: l'Express.fr)