31 octobre 2008
Ces imbéciles qui nous gouvernent
Par Chris Hedges
(source: Altermonde-sans-frontières)
Notre oligarchie est incompétente pour gouverner, pour gérer l’économie, pour réagir devant les catastrophes naturelles, pour éduquer notre jeunesse, pour gérer les affaires internationales, pour créer des services élémentaires tels que la santé ou la protection des individus. Qu’elle soit encore au pouvoir, et qu’elle le sera encore à l’issue des prochaines élections, prouve notre degré d’incapacité à faire la part des choses entre nos illusions et la réalité. Nous croyons encore les « experts » et ces derniers se croient encore eux-mêmes. Ils tournent comme des mouches autour de John McCain et Barack Obama. Ce n’est que lorsque ces élites seront dénoncées comme des parasites incompétents et renversées que nous aurons un espoir de rétablir l’ordre social, économique et politique.
« Leur incapacité d’imaginer qu’un être humain puisse être motivé par autre chose que l’intérêt les rend incapables, ne serait-ce que d’imaginer, d’évoluer dans le cadre d’un désintéressement qu’on appelle l’intérêt public » a dit le philosophe canadien John Ralston Saul, dont les livres « La Civilisation inconsciente » et « Les Bâtards de Voltaire - La dictature de la raison en Occident » s’en prennent avec virulence à nos élites oligarchiques. « C’est comme si la révolution industrielle avait provoqué un traumatisme sévère, qui perdure encore et qui efface la mémoire chez certains. Pour eux, l’histoire moderne a jailli d’une explosion, la révolution industrielle. C’est la pensée idéologique standard : une étoile filante traverse le ciel, une météorite explose, et l’histoire démarre. »
Nos élites – ceux du Congrès, ceux de Wall Street et ceux qu’on nous prépare dans nos universités et écoles de commerce prestigieuses – n’ont pas les capacités pour réparer cette pagaille financière. En réalité, ils vont l’aggraver. A cause de l’éducation qu’ils ont reçue, ils n’ont aucune conception du « bien commun ». Ce sont des bureaucrates médiocres, timorés, sans imagination qui ont été formés à la gestion de systèmes. En guise de solutions, ils ne peuvent concevoir que des petites retouches qui feront plaisir aux milieux d’affaires. Ils ne pensent qu’en termes de chiffres, de profits et de promotions personnelles. Ils sont capables de refuser des soins médicaux aux malades pour augmenter les bénéfices d’une compagnie, tout comme ils sont capables de faire appel à l’argent des contribuables pour fourguer des systèmes d’armement couteux à quelques dictatures sanglantes. Les conséquences sur le plan humain ne figurent jamais dans leurs bilans. Le système démocratique, pensent-ils, est un effet collatéral du libéralisme économique. Et ils servent docilement le marché.
Andrew Lahde, de Santa Monica, Californie, est le gestionnaire de « hedge funds » qui a fait un profit de 870 pour cent l’année dernière en pariant sur un effondrement des « subprimes ». Il vient de fermer son fond de placement, pour cause d’affaires trop risqués avec des banques défaillantes. Dans sa lettre d’adieu à ses investisseurs [1], il s’en prend violemment aux élites.
Parlant de la classe oligarchique, il dit :
« Les fruits pendants, c’est-à-dire ces idiots dont les parents ont payé la prépa, Yale et le MBA d’Harvard, étaient à ramasser. Ces gens qui étaient la plupart du temps indignes de l’éducation qu’ils ont (supposément) reçue se sont élevés jusqu’aux sommets de firmes comme AIG, Bear Stearns et Lehman Brothers et à tous les niveaux du gouvernement. Toutes ces choses qui soutiennent cette aristocratie n’ont abouti qu’à rendre plus facile pour moi de trouver des gens assez bêtes pour être de l’autre côté de mes transactions. Dieu bénisse l’Amérique ».
« En ce qui concerne le gouvernement, j’aurais une modeste proposition à faire. » poursuivit-il. « D’abord, je voudrais souligner les failles les plus évidentes, où des propositions de lois ont sans cesse été présentées au Congrès ces huit dernières années, des lois qui permis de contrôler les pratiques de ces institutions qui sont pour la plupart aujourd’hui défuntes. Ces institutions ont régulièrement rempli les coffres-forts de tous les partis politiques en échange d’un rejet des ces projets de loi dont l’objectif était de protéger le citoyen de base. C’est un scandale, et pourtant personne n’a l’air de le remarquer ou de s’en préoccuper. Depuis la mort de Thomas Jefferson et Adam Smith, je dirais qu’il y a une pénurie de véritables philosophes dans ce pays, du moins de ceux qui se consacrent à améliorer le gouvernement. »
La démocratie n’est pas un produit des marchés libres. Démocratie et Capitalisme sont antagonistes. La Démocratie, comme la responsabilité individuelle, n’est pas basée sur la recherche d’un profit personnel mais sur l’abnégation. Une démocratie qui fonctionne doit, au nom des citoyens, défier les intérêts économiques des élites. Ce n’est pas le cas. Les patrons et les officiels du gouvernement qui tentent de réparer l’effondrement économique sont en train de consacrer de l’argent et des ressources au secteur financier parce que tout ce qu’ils savent faire, c’est gérer et maintenir des systèmes existants, pas les changer. Mais les systèmes financiers ne sont pas des abstractions scientifiques ou mathématiques qui existent indépendamment des êtres humains.
Lors d’une interview téléphonique, Saul a dit :
"Lorsque l’élite commence à croire à la réalité de l’argent, la crash n’est pas bien loin. Ils ont abandonné toute réflexion. Ils se sont mis dans l’impossibilité de se regarder dans la glace et de réfléchir, de distinguer inflation, spéculation et simple esbroufe. Ils en sont incapables. Et lorsque vous leur dites, « hé, ceci n’est pas du réel », ils répondent, « oh, mais vous ne comprenez pas, vous êtes vieux jeu, vous en êtes encore à raisonner en termes de production » sans oublier le « c’est de l’économie élémentaire, voyons ». Ca ne rate jamais."
« Le problème, c’est qu’il y a une crise, il y a une perte de repères chez tous ceux qui sont au pouvoir, et je ne parle pas que de George Bush, c’est quelque chose de très, très profond » dit Saul.
« Il y une nécessité de repenser l’économie et la politique. Il faut repenser toute la méthode d’analyse de la Banque Mondiale. Si j’étais le Secrétaire du Trésor - pas un type comme Henry Paulson, je veux parler d’un Secrétaire du Trésor ou d’un Ministre des Finances normal - et si je disais, « bon, les gars, on a un problème, on va réunir tous les fonctionnaires expérimentés. Messieurs, dames, nous avons un grave problème, il faut trouver quelque chose ». Eh bien, ces gens-là en seraient incapables parce qu’on en est déjà à la quatrième génération de ce qu’on pourrait appeler les gestionnaires globalistes néoconservateurs (en résumant un peu brutalement). Alors ils vont consulter leurs subalternes qui à leur tour vont consulter ceux en dessous et ainsi de suite. Et il n’y en aura pas un seul pour proposer une alternative. On entendra peut-être quelques petites variations, mais pas d’opinions divergentes. Il est donc très difficile de changer les choses parce qu’ils ont éliminé toute opposition interne. C’était le même problème en Union Soviétique, non ?
Saul releva que, dans les années 20, en Allemagne, Italie et la France, les trois premiers objectifs du mouvement corporatiste, du moins pour ceux qui ont fini par rejoindre l’expérience fasciste, était « le transfert du pouvoir entre les mains de groupes d’intérêt économiques et sociaux, l’interférence du privé dans des domaines normalement réservés au public » et « la suppression des frontières entre l’intérêt privé et l’intérêt public – c’-est-à-dire la remise en cause de l’idée même d’intérêt pubic. »
On n’a pas déjà entendu ça quelque part ?
« Il existe une poignée de gens qui n’ont pas connu les honneurs des grands media, qui n’ont pas été écoutés, qui ont été marginalisés de toutes les manières possibles et imaginables, » dit Saul. « Il y en a quelques uns et on pourrait faire appel à eux. Mais ensuite, à qui transmettre les instructions ? Ceux à qui ils transmettraient les instructions ne vont pas comprendre les instructions parce que cela ne fait pas partie de leur éducation. C’est comme un général qui voudrait mener une guerre de guérilla et qui se rendrait soudainement compte que ses officiers ne savent que creuser des tranchées. Comment réussirait-il à leur faire faire quelque chose pour laquelle ils n’ont jamais été formés ? C’est ainsi que l’on aboutit à cette sorte de désarroi, de confusion interne, et la menace du populisme. Nous avons déjà connu le populisme, mais là ce serait bien plus fort, plus effrayant, plus violent. »
Nous avons beau élire des représentants pour mettre fin à la guerre, la guerre continue. Nous avons beau demander aux élus de faire interdire les écoutes téléphoniques illégales de Bush, les lobbyistes des compagnies de télécommunication font en sorte qu’elles continuent. Nous avons beau les supplier de ne pas faire un cadeau de 850 milliards de dollars d’argent des contribuables aux élites de Wall Street… Nous avons beau vouloir un vrai système de sécurité sociale, le sujet n’est même pas abordé lors des débats présidentiels. En tant qu’individus dans ce système, nous n’avons aucune importance.
« J’ai parlé à plusieurs juges de Cours Suprêmes, à plusieurs reprises dans différents pays, » m’a déclaré Saul, et je leur demandais « écoutez, dans vos jugements, pouvez-vous distinguer les affaires relevant d’un contrat social de celles relevant d’un contrat commercial ? » et la réponse est toujours « nous ne pouvons plus faire la distinction ». C’est là le cœur du problème. On n’a plus le concept de l’autre, l’individu n’a plus de devoirs envers le collectif. Et on ne peut pas l’avoir puisque tout le système légal a glissé ces 50 dernières années vers une confusion croissante entre le contrat social et le contrat commercial. Ce sont pourtant deux choses totalement distinctes. Le contrat social lie les individus dans le cadre d’un intérêt collectif, il implique une responsabilité individuelle, la capacité de comprendre l’autre. Le contrat commercial n’est qu’un contrat commercial. On ne peut pas les confondre. En fait, ils ne sont pas faits l’un pour l’autre. Le contrat commercial ne fonctionne correctement que lorsque le contrat social fonctionne dans une démocratie.
Ceux qui vivent du fruit de leur travail (« la classe ouvrière » dans le texte original – ndt) et qui ont désespérément emprunté de l’argent pour survivre lorsque leurs salaires réels ont dégringolé, devront désormais faire face à une stagnation ou même un déclin de leurs revenus au cours des prochaines années, peut-être même des prochaines décennies, sans pouvoir accéder à de nouveaux crédits. Pendant ce temps, le budget national est en train d’être asséché au profit d’intérêts commerciaux spéculateurs. Le gouvernement – seule institution que les citoyens ont qui soit assez puissante pour protéger leurs droits – a été affaiblie, devient anémique et de moins en moins capable de venir en aide à la masse de citoyens qui vont connaître une période de privations et de souffrances inconnues depuis les années 30. La consommation, ce moteur dispendieux de l’économie US, est en déclin. Les ventes au détail aux Etats-Unis ont chuté de 1,2 pour cent au mois de septembre. La baisse est pratiquement le double des 0,7 pourcent prévus par les analystes, et la consommation des ménages représente deux tiers de l’activité économique aux US. 160.000 emplois ont été perdus le mois dernier et 750.000 emplois ont été perdus l’année dernière. Les répercussions de l’effondrement économique ne font que commencer.
Je ne pense pas que George W. Bush ou Barack Obama ou John McCain ou Henry Paulson soient des fascistes. Je pense qu’ils font plutôt partie d’une cabale de capitalistes ingénus, médiocres et inconscients qui, petit à petit, sont en train d’affaiblir les structures politiques et économiques au point où notre démocratie deviendra si impuissante qu’elle en sera balayée, et probablement avec un fort soutien populaire. Le seule question est comment cela se produira. Le déclin sera-t-il lent et régulier comme à la fin de l’Empire Romain lorsque le Sénat n’était plus qu’une farce ? Y’aura-t-il une puissante réaction d’extrême-droite en provenance des cercles extérieurs au sérail politique traditionnel, comme en Yougoslavie, et la montée en puissance d’un fascisme chrétien ? Y’aura-t-il une crise nationale qui permettra à ceux au pouvoir de balayer les droits constitutionnels au nom de la sécurité nationale ?
Je ne sais pas. Mais je sais que tant que notre oligarchie sera au pouvoir, rien de bon ne nous attendra. Soit nous réussissons à rétablir la notion de l’intérêt public, ce qui implique une révolte contre l’élite et le démantèlement des structures corporatistes, soit nous assisterons à l’agonie de la démocratie.
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Note du traducteur : le titre et la plupart des références et analyses sont probablement plus ou moins adaptabes à d’autres pays...
Version originale : informationclearinghouse
Traduction VD pour legrandsoir
[1] lettre d’adieu à la finance en anglais portfolio
30 octobre 2008
Aux frontières du réel...
"Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une bonne fois pour toutes ce que nous considérons comme devant être enseigné aux élèves soit prescrit par la représentation nationale ?" (Xavier Darcos)
Xavier Darcos n'en peut plus de flipper à l'idée de passer aux oubliettes avant d'avoir fait son ptit pipi sur la scène ! Il devient frénétique et vlà qu'il nous ressert encore les classics de la propagande fasciste ! Mais cette fois-ci avec en prime l'impudeur du con qui s'ignore et se croit inventif ! Le pompon ! lol
29 octobre 2008
Guaranteed
Eddie VEDDER - extrait de la BO du film "Into the wild"
On bended knee is no a way to be free
Lifting up an empty cup I ask silently
That all my destinations will accept the one that's me
So I can breathe
Circles they grow and they swallow people whole
Half their lives they say goodnight to wives they'll never know
Got a mind full of questions and a teacher in my soul
And so it goes
Don't come closer or I'll have to go
Owning me like gravity are places that pull
If ever there was someone to keep me at home
It would be you
Everyone I come across in cages they bought
They think of me and my wandering but I'm never what they thought
Got my indignation but I'm pure in all my thoughts
I'm alive
Wind in my hair I feel part of everywhere
Underneath my being is a road that disappeared
Late at night I hear the trees they're singing with the dead
Overhead
Leave it to me as I find a way to be
Consider me a satellite forever orbiting
I knew all the rules but the rules did not know me
Guaranteed
22 octobre 2008
Qu'est-ce qu'on se marre...
Nicolas Sarkozy faisait l’apologie des subprimes en 2006
21 octobre 2008
Un peu de sociologie...
Mettez 5 chimpanzés dans une chambre.
Accrochez une banane au plafond et mettez une échelle permettant d'accéder à la banane.
Assurez-vous qu'il n'y a pas d'autres moyens d'atteindre à la banane que l'échelle.
Mettez en place un système qui fait tomber de l'eau totalement glacée dans toute la chambre
(par le plafond bien sur !) dès qu'on commence à escalader l'échelle.
Les chimpanzés apprennent vite qu'il ne faut pas escalader l'échelle.
Vous pouvez alors arrêter le système d'eau glacée,
de sorte que l'escalade n'ait plus son effet gelé.
Maintenant, remplacez l'un des chimpanzés par un nouveau. Ce dernier va chercher à escalader et, sans comprendre pourquoi, se fera tabasser par les autres.
Remplacez encore un des vieux chimpanzés par un nouveau. Ce dernier se fera encore tabasser, et c'est le chimpanzé n° 6 (celui qui a été introduit juste avant)
qui tapera le plus fort.
Continuez le processus jusqu'à ce qu'il n' y ait plus que des nouveaux. Alors, aucun ne cherchera à escalader l'échelle et si jamais il y en a un qui, pour une raison quelconque ose y penser, il se fait massacrer illico presto par les autres. Le pire c'est qu'aucun des chimpanzés n'a la moindre idée sur le pourquoi de la chose.
C'est ainsi que le fonctionnement et la culture d'entreprise prennent naissance.
18 octobre 2008
Excellent ! A relayer !
Voici un article publié sur le blog Le Monolecte, que vous avez peut-être déjà vu passer d'ailleurs, car il a fait un sacré buz sur le net, et a déjà été repris par pas mal de monde. Mais tant pis, j'en remets une couche !
Ceci n'est pas une crise ! Par Agnès Maillard, jeudi 9 octobre 2008
Depuis quelques jours, il y a un concert de tamtam dans la volière et c'est la panique à bord. Il n'est plus possible d'avoir la moindre petite connexion médiatique (journaux, radio, TV, web) sans se retrouver littéralement submergé par un tsunami de hurlements échevelés : c'est la crise, c'est la crise, c'est la crise !
Ça a l'air de franchement chier dans le ventilo, vu comme cela...
Sans rire, vous n'en avez pas marre de vous faire dicter vos actions et émotions par les mêmes guignols, ceux-là mêmes qui ont rabâché sans rire pendant des années que le libéralisme et la dérégulation sont bons pour notre poil, qu'un bon citoyen est un citoyen qui se vautre comme un goret dans la consommation à outrance et à crédit, s'il vous plait, qu'il faut aimer les riches et les patrons, parce que ce sont eux les forces vives, eux qui créent la richesse, laquelle, si elle est assez abondante au sommet finira par ruisseler doucement jusqu'aux assoiffés parqués sous la table du banquet ? Cette agitation à la limite du Tourette viral serait drôle si elle n'était aussi pathétique.
Mais, putain, c'est la crise !
À les écouter, on va tous se retrouver dans une galère pire que dans un roman qui aurait été écrit par Steinbeck, Dickens et Zola réunis. Il ne nous reste qu'une issue : les écouter, approuver leurs plans de relance et filer sans moufter le blé que nous avons épargné, mois après mois, années après années, péniblement, sur les maigres subsides qui nous tiennent lieu de salaires. Car ce sont les mêmes, qui se foutaient de la gueule des Cassandres qui prétendaient que les arbres de l'immobilier ne peuvent monter jusqu'au ciel, qui ramènent leur science aujourd'hui pour nous expliquer qu'ils nous l'avaient bien dit (même pas le courage de leurs erreurs et aveuglements, ces faisans!) et que pour s'en sortir, il faut filer plein, plein de pognon à leurs petits copains qui se sont bien gavés, jusqu'à vidanger le système et nous précipiter dans... la récession. Ouf, voilà, le gros mot est lâché.
C'est pire qu'une crise, ce qui nous arrive, c'est une putain de récession, avec des millions de chômeurs, des boîtes qui ferment partout, des cantines compassionnelles pour pauvres et des SDF plein les rues des villes... comme d'hab', quoi!
Parce qu'en fait, la crise n'est pas le problème, elle est le mode normal de fonctionnement du capitalisme. Le scénario est toujours le même : des mecs qui ont l'argent et qui avec, veulent en gagner toujours plus, des montages financiers qui reposent sur du vent, l'emballement de la machine, le mythe de la croissance infinie dans un monde parfaitement fini, la prédation de tous contre tous, la montée des inégalités, le déferlement de la misère, encore plus de concentration de pouvoir et d'argent, le blanc-seing des politiques à cette curée hargneuse, la collaboration féroce des porte-flingues, des traîtres à leur classe, des sans-grade qui prennent les strapontins pour des marches-pieds, des politicards qui vont à la soupe avec la même avidité qu'ils envoient leurs électeurs benêts à l'équarrissage, et au bout du compte et des mauvais calculs, le château de cartes s'effondre sur la piétaille pendant que les nantis organisent la faillite des nations pour se refaire avant le prochain tour de poker menteur.
Personnellement, je n'en ai rien à cirer de leur crise : je suis tombée dedans quand j'étais petite. Un soir, mon père est rentré du boulot avec une 4L. Il avait revendu, pour cause de crise du pétrole, la Commodore, la belle américaine morfale à la gigantesque banquette arrière où je m'allongeais pour les longs trajets.
Depuis ce moment-là, ça a toujours été la crise : éteindre la lumière en sortant d'une pièce, pour économiser, mettre un gilet en hiver plutôt que de monter le thermostat, bosser dur à l'école pour échapper au chômage galopant, collectionner les diplômes et les emplois de merde sous-payés, des loyers qui grimpent avec des revenus qui stagnent au mieux, toujours rogner, accepter le SMIC comme plafond de verre et renoncer, petit à petit à toujours plus de choses : les sorties, les restos, les loisirs, les journaux (ça, ça a été facile!), les fringues, les déplacements, les livres (ça, ça a été vraiment dur!), les soins, le chauffage... Là, il ne reste plus grand-chose à rogner en dehors de la bouffe et du logement, mais même ce peu, ça fait encore envie aux charognards.
La récession guette les classes moyennes prévoyantes qui avaient placé leur éconocroques dans des PEA pour leur faire gicler au moins du 15 % par an ? Vont-ils devoir renoncer à la résidence tertiaire ? Aux vacances d'entre saisons à Saint-Domingue (là où la vie des larbins est moins chère). Nous sommes des millions en face à nous être serrés la ceinture cran après cran, depuis des années, pour leur servir leur putain de 15%, puis 20, puis 30%... jamais assez et jamais envie de savoir d'où vient le fric. C'est bien connu, quand tu ne sais pas, tu n'es pas coupable, même pas complice. Suffit de regarder ailleurs, de prendre l'oseille et d'en profiter à fond les ballons, comme Louis, le gentil retraité que décrit François Ruffin dans son livre La guerre des classes. Tout content d'avoir triplé sa mise en PEA en 10 ans et refusant de voir le lien avec l'explosion des bas salaires, des temps partiels, du chômage, des Smicards. Pas voir, tout prendre.
L'économie Gillette
Bref, la crise, c'est la leur. La récession, c'est un petit coup de canif dans le bling-bling, c'est juste un nouvel écrémage de vainqueurs dans le petit lot de ceux qui pensaient avoir réussi à s'extraire au-dessus de la masse laborieuse et souffrante, c'est un réajustement de compteurs. Il ne faut pas croire que le fric a disparu. L'argent ne s'est pas évaporé, ce sont les promesses de gains anticipés sur notre travail réel qui ont été réétalonnées, un temps, sur l'économie réelle. Parce qu'ils ne peuvent finalement pas nous prendre plus de fric que celui qu'ils consentent encore à nous lâcher, fort parcimonieusement, par ailleurs. C'est ça, la crise des subprimes. L'étonnement de voir que les pauvres payés au lance-pierre n'allaient pas pouvoir payer 2 fois leur valeur des baraques qui coûtent déjà plus d'une vie de labeur. C'est sûr, quelle surprise !
La vraie surprise, pourtant, pour les loqueteux, ça aurait dû être de découvrir que l'argent qui manquait connement il y a quelques jours pour leur éviter de crever la bouche ouverte, cet argent aujourd'hui sort de partout pour colmater les dettes de jeu de ceux qui avaient pourtant déjà tout. Pas de fric pour l'école, la recherche, la santé, les retraites, les banlieues, les chômeurs, les fonctionnaires. Mais 10 fois, 100 fois, 1000 fois plus de fric, comme ça, au débotté, pour combler les fouilles des banquiers. Ça, ça devrait être la putain de surprise, la vraie leçon de la crise. Et où comptent-ils trouver tout ce pognon qui leur faisait si cruellement défaut quand on en avait besoin pour honorer de simples engagements de l'État devant les citoyens ? Ils hésitent : le livret A, le LEP... les petits bas de laine des gagne-petit. Plus une dette supplémentaire qu'il n'est plus subitement honteux de faire peser sur notre descendance. La dette pour les investissements humains, c'est mauvais. La dette pour nourrir l'ogre financier, c'est bien.
Le capitalisme, c'est comme les rasoirs Gillette : une première lame pour bien choper le pauvre et une seconde pour lui faire les poches. Puis une troisième, au cas où la seconde aurait oublié du pèze dans les coins inaccessibles. Et pourquoi pas une quatrième, pendant qu'on y est ? Pour finir d'essorer le pauvre avant qu'il ne se rétracte. Directement dans le vif.
Tout ce qui compte, c'est de nous maintenir dans un état de panique permanent : le chômage, les talibans, la crise. Qu'on ait bien peur et que l'on soit prêt à suivre n'importe quel dogme, du moment qu'il sort de la bouche d'un homme providentiel. Pour que l'on soit dans l'urgence, pas dans la réflexion : vite, on est dans la merde, videz vos poches... heu, mais pas vos comptes en banque (on en a encore besoin !)
. Il nous faut avoir peur de la misère noire qu'annonce la crise qui déferle. Cette crise qu'ils nous agitent sous le nez comme une mulletta pour que nous ne voyons pas que les seuls perdants, c'est nous, que le fric qui est aspiré goulûment par les boites noires commodément opaques des chambres de compensation, c'est le nôtre, que leur richesse, c'est notre pauvreté, qu'ils ont absolument besoin de nous pour continuer de la même manière alors que nous n'avons pas du tout besoin d'eux pour vivre mieux.
Parce que nous n'avons pas besoin d'eux et de leur système confiscatoire mortifère, alors qu'eux colonisent nos vies pour bâtir leurs fortunes.
Pas besoin d'eux pour construire autre chose, ici et maintenant.
Et les laisser dans leur merde.
Ce n'est pas une crise, c'est une révélation. Ce n'est pas le chaos, c'est la revanche du réel. Ce n'est pas la fin, mais peut-être bien le début.
Ils vont tenter de nous vendre au prix du sang leur monnaie de singe et leurs rêves de pierre, pour perpétuer le système. Le leur. Celui qui leur profite.
La vraie révolution, c'est de cesser de les croire, ne plus avoir peur et passer à autre chose, maintenant, ici et partout.
C'est pour cela que l'âge de la critique se termine ici et que commence enfin l'âge de faire.
16 octobre 2008
Maaaa petite entreprise... connaît pas la crise !
Grand spécialiste du budget de l'Elysée, le député PS René Dosière a présenté mercredi son rapport annuel sur les crédits de la présidence de la République, où il dénonce "le gouffre entre les promesses de transparence et d'économies formulées par Nicolas Sarkozy et la réalité". Sans blague.
Alors voyons voir :
Crédits "pouvoirs publics" (Elysée, Assemblées...) pour 2009 :
+ 11,5 %, soit 112 millions d'€
Dosière: "A ce rythme, en cinq ans, Nicolas Sarkozy doublera le budget de l'Elysée."
Il a bien doublé sa rétribution perso en un claquement de doigt, me direz-vous.
L'Elysée auto-satisfait a au contraire assuré mardi, dans un communiqué, que son budget était "exemplaire de transparence et de bonne gestion" et qu'il progressait en réalité de "2%".
Faux, répond M. Dosière, qui dénonce un "tour de passe-passe": "la présidence réintègre pour 2008 9,2 millions d'€ qui ne seront en fait votés que lors du collectif budgétaire, en décembre".
Quoi d'autre ?
Progression des charges de fonctionnement (fournitures, télécommunications, frais de réception...): + 25,2 %
Budget arrêté pour les frais de déplacements du chef de l'Etat :
+ 33% par rapport à 2008
Dépenses de personnel, qui concernent (officiellement) 1.031 personnes et constituent le poste principal de dépenses: 70 millions d'€ ! (M. Dosière affirme que ces dépenses correspondent à celles "d'une ville de 100 à 150.000 habitants").
Rémunération des 98 contractuels de la présidence: + 20% (après déjà + 26,8% en 2008)
Autre curiosité: le nombre exact de fonctionnaires mis à disposition, dont le chiffrage qui résulte des réponses des ministères est "inférieur de 150 environ à celui annoncé par l'Elysée" (872): d'où peuvent bien venir ces 150 "clandestins" ?
Et quid de l'acquisition, "qui serait pourtant signée" d'un Airbus 330-223 auprès d'Air Caraïbes, qui est attendu chez Sabena Technics à Bordeaux pour procéder à son aménagement, en vue des déplacements présidentiels ? Budget silencieux.
Conclusion: "Jamais le budget de l'Elysée n'a été présenté d'une manière aussi opaque et inexacte alors qu'il augmente à un rythme inhabituel en période de récession". (source)
A votre bon coeur Messieurs-dames !
13 octobre 2008
Publié en l'an 2000
" Peut-être faut-il laisser le capitalisme mourir de lui-même ? Ce sera long mais l’issue est inéluctable. Je suis étonné que personne de bien placé n’ait encore compris à quel point la logique spéculative qui régit les lois du marché contenait en elle-même un germe mortel. Le capitalisme ne repose aujourd’hui que sur le marché qui ne repose sur rien. Aucune culture. Aucune histoire. Aucune justice. Le marché ne prend en compte que lui-même. Sa logique sa vraie logique c’est la spéculation donc la barbarie donc à terme la mort non seulement du capitalisme et de ses tenants mais aussi la nôtre. Le spéculateur est anti-productif. Il anticipe l’évolution du prix d’une marchandise ou d’une monnaie pour réaliser la plus-value la plus forte possible. Les hommes continuent à travailler mais derrière leur dos les actionnaires des groupes les employant spéculent. Ils sont obligés de spéculer s’ils ne veulent pas se faire bouffer. C’est la logique du marché qui ne repose que sur lui-même. L’explosion et le perfectionnement des technologies de transmission de l’information n’ont fait qu’amplifier un phénomène le poussant dans des limites toujours reculées. Les spéculateurs " travaillent " aujourd’hui en temps quasi réel. A force de spéculer et de spéculer de plus en plus vite de plus en plus fort il adviendra un jour où tous les groupes seront réunis en un seul. Et il n’y aura plus rien à vendre sinon de la faxmoney. La mort du capitalisme c’est ça. Le gonflement de la planète spéculative et son implosion. Fatalement en bout de course au profit un type seul restera avec son cigare éteint le cul posé sur son paquet de faxmoney. Il possèdera tout les autos les cinémas les ordinateurs les maisons d’édition le maïs transgénique les usines d’armement. Fidèle à sa religion du marché il demandera : " Qui en veut ? ". Et une voix dira : " Tu vends quoi ? ". Et le type proposera tout en cassant les prix. Mais en face l’autre n’aura plus d’argent. Alors le type au cigare éteint lui en prêtera à un taux préférentiel. Et l’autre rachètera mais ne pourra pas rembourser. Ce n’est pas grave on fera comme si… Le mouvement continuera peut-être quelques temps à s’auto-alimenter mais la motivation ne sera plus là. Et on sera déprimé. Et on fera une grande dépression. Malgré les efforts du type au gros cigare qui enverra même des danseuses du Crazy pour nous égayer ces efforts ne serviront à rien… Parce qu’on se rendra alors compte que le travail ne sert à rien d’autre qu’à enrichir les spéculateurs. Malgré les gesticulations du type au cigare on aura compris que le système de non-redistribution des richesses repose sur une gigantesque manipulation des esprits. On ne sera alors plus prêts à consentir. On aura saisi la parfaite vacuité de la logique spéculative. Le société du consentement aura échoué. Ce sera le moment de tout recommencer à zéro. Voilà. C’est une question d’échéance. Attendre que la planète spéculative implose ou la faire exploser avant. Telle est l’alternative qui se pose à nous ou qui se posera à nos enfants.
Pétition de soutien à Denis ROBERT
09 octobre 2008
"Stupide hobbit joufflu !"
Le nombre de personnes tuées sur les routes a baissé de 25,2% en septembre 2008 par rapport au même mois de 2007. "108 vies ont ainsi été épargnées sur les routes de France le mois dernier", s'est réjoui Jean-Louis Borloo, ministre auto-satisfait de (attention, prenez votre souffle, c'est long:) l'Ecologie, l'Energie, le Développement durable et l'Aménagement du territoire.Ouf.
"Ces résultats sont une nouvelle preuve que chaque usager de la route a le pouvoir de sauver des vies en adoptant une conduite responsable et respectueuse des règles", estime M. Borloo.
Et le pouvoir de sauver son portefeuille en arrêtant de consommer
comme un veau (pauv'bête).
Hausse des prix, notamment du carburant = moins de personnes
sur les routes = moins d'accidents.
C'est quand même pas dur à déduire ? La connerie narcissique est insondable...
NB: Oui je me surpasse pour les titres en ce moment !
06 octobre 2008
Pauvre victime
Une bonne synthèse je trouve sur l’ambiguïté du mot et du statut de " victime " ...
(Par Denis Marquet, Nouvelles clés n° 59)
" Le mot victime recouvre une réalité : si on me vole ou m’assassine, je suis la victime d’un délit ou d ‘un crime. En m’attribuant cette notion, qui appartient à la sphère juridique, la société m’offre une triple reconnaissance : d’abord que je souffre ; ensuite, que je ne suis pas responsable de mes souffrances ; enfin, qu’un tiers en est responsable et me doit réparation. Nécessaire dans le domaine juridique, ce concept devient dangereux appliqué au domaine psychologique. N’avons-nous pas, consciemment ou non, à nous poser en victime ? Car nous pouvons en attendre un triple bénéfice, qui est en réalité une triple impasse.
1) Par la mise en avant de ma souffrance, je peux espérer qu’un autre va venir m’en soulager. Ne se sentant pas responsable de sa souffrance, la victime attend secrètement son sauveur : celui qui en assumera la responsabilité à sa place. Bien des amours naissent d’une transaction entre inconscients : tu me sauves / je te sauves. Et beaucoup meurent de ce que les amoureux n’ont su dépasser ce marché de dupes. Car, en matière psychologique, personne ne sauve personne.
2) Par l’affirmation de mon irresponsabilité, j’évite non seulement la culpabilité (je souffre mais ce n’est pas de ma faute), mais encore la pénible tâche de chercher en moi-même les racines de ma souffrance. Car il est douloureux de regarder au fond de soi. Affronter ses ombres demande du courage. C’est pourtant le seul moyen de guérir vraiment. Dénier ma responsabilité me procure une trompeuse impression d’allègement que je paye immédiatement au prix fort : celui d’une totale impuissance. Celle-ci est fréquemment compensée par une quête de toute-puissance. La recherche compulsive du pouvoir sur autrui cache souvent une victime impuissance.
3) J’espère obtenir réparation, donc soulagement de mes souffrances, en trouvant un coupable. C’est ainsi que la victime cherche son bourreau. Parfois elle le trouve, se liant de préférence à des êtres qui vont réellement la faire souffrir. Plus souvent, elle l’invente. Lorsque je projette inconsciemment l’image du sauveur sur un être aimé, j’attends de lui le soulagement d’anciennes souffrances refoulées – lesquelles refont ainsi surface à l’occasion de sa rencontre ! Le " sauveur " étant évidemment impuissant à soulager des souffrances qui sont intérieures à la victime, celle-ci lui en attribue la responsabilité, le faisant passer du statut de sauveur à celui de bourreau. L’amour se transforme en haine et la victime exerce son courroux sur le sauveur déchu. La victime oscille toujours entre plainte et colère.
Deux conclusions. D’abord, c’est en se posant en victime, consciemment ou non, que l’on transmet la souffrance. Ce sont les victimes qui font mal. Ensuite, personne n’échappe à cette impasse pour une raison simple : c’est qu’il est vrai que nous ne sommes pas l’origine de notre souffrance. Nous avons reçu, enfant, les blessures de notre âme, et celles-ci n’ont pas été reconnues. D’où la difficulté d’en assumer à présent la responsabilité. Soyons indulgents avec nous-mêmes : c’est un très long et difficile chemin, celui de la maturité. Il consiste à prendre conscience que, si je ne suis pas la cause de ma souffrance, la cause de ma souffrance est en moi. Donc aussi la puissance de m’en libérer. On cesse d’être une victime par la responsabilité : c’est moi qui souffre, donc c’est moi qui peut. "











