17 mai 2008
Petite réflexion matinale
Nous basculons, ou avons même déjà basculé, dans un système de valeurs inversé, où ce n’est plus la légitimité d’une chose qui la rend assumable, mais où il suffit d’assumer quelque chose pour que cela devienne légitime et inattaquable. Ca s’appelle la décomplexion, et ça consiste à afficher la merde au grand jour en faisant un bras d’honneur en même temps. Comme un gosse qui cherche les limites et nous interroge à chaque provocation (" Alors, et là tu fais quoi maintenant ? ") ou un ado qui fait ses petites conneries en se marrant (" il vaut mieux demander pardon que la permission ! "). On fait avec naturel et on regarde ensuite comment ça réagit en face. Et si ça réagit pas, c’est gagné. Idem si ça réagit mollement, ou pas avec l’intensité que ça devrait. C’est gagné. Gagné quoi ? Du terrain. Les limites de l’acceptable sont repoussées d’un cran, et y a plus qu’à recommencer encore et encore pour grignoter petit à petit tout le champ d’existence et de liberté d’être de l’autre, jusqu’à ce que lui-même (oui je dis bien lui-même) nous autorise à le mépriser ouvertement et sans aucun état d’âme. C’est ainsi que l’on renverse les valeurs, et c'est ce qui arrive en ce moment ! Rajoutez un environnement de plus en plus stérile et insécurisant, une résistance naturelle à ne pas vouloir voir le mal (qui vous facilite la tâche en agissant de manière détournée ce qui nous permet de nous accrocher à nos précieux doute " Sont-il cons/débiles/fous/inconscients ou le font-ils exprès ? ") ainsi qu’un vieux fond de culpabilité judéo-chrétienne ( il faut aimer son prochain, être tolérant, accepter l’autre comme il est, ne pas juger), et vous obtenez la tétanie ou la résistance mollassonne ambiante actuelle. Il ne faut pas juger ? Oh si il vaut mieux ! Il vaut mieux juger l’autre, et bien, sinon on est cuit. Juger ça ne veut pas dire condamner ou écraser, ni même blesser, ça veut juste dire tirer ses conclusions sans faux-semblant en son for intérieur et agir en conséquence, ne pas se voiler la face avec une prétendue modération, sagesse ou recherche d’équilibre dans le jugement… (bon c’est quand même parfois utile mais dans certaines circonstances c’est suicidaire !). Le pouvoir est une responsabilité de chaque instant, c’est un poids immense, et le drame c’est que c’est ceux qui pourraient l’exercer en CONSCIENCE qui ne le recherchent absolument pas, justement parce qu’ils ont cette conscience. C’est paradoxal, mais pour exercer le pouvoir, il faut un certain degré d’inconscience ou alors une force d’âme et une résistance à la douleur exceptionnelles (car imaginez deux généraux qui doivent envoyer 1000 hommes à la guerre, celui qui n’y voit qu’une manœuvre stratégique dormira sans doute mieux que celui qui sait qu’il détruit ou bouleverse 1000 existences et au travers d’elles des centaines de milliers d’autres, qu’il ajoute massivement à la douleur et à la souffrance du monde, qu’il modifie ainsi toute la trame de l’histoire et le destin de peut-être l’humanité entière avec des conséquences qui vont se répercuter à l’infini !). Seuls les petits merdeux peuvent se battre entre eux pour gravir l’échelle sociale et en s'allongeant au besoin, surtout devant plus haut placés. Que ce soit au sein d’une entreprise ou au niveau de l’Etat, les petits frustrés complexés sont les plus dangereux, et il faut être sacrément complexé pour vouloir ériger la décomplexion en norme sociétale ! Dans ma boite et dans bien d‘autres, le summum de la réussite c’est d’avoir une grosse bagnole, trois gosses, une bobonne qui fait pas trop chier et qui passe bien en société, une piscine et un portail électrique. Et surtout que ça se voit, sinon aucune intérêt. Ces gens sont des infirmes de l'intime, ça ne les interesse pas parce qu'il n'y ont aucune existence, ils sont VIDES. Le trait n’est pas poussé, c’est vrai. J’en côtoie tous les jours des spécimens comme ça, caricaturaux jusqu’à l’absurde. Les membres du gouvernements sont pareils, et ils veulent nous faire croire que ce qu’ils sont est un exemple de la réussite, parce qu’eux peuvent tout se permettre, TOUT, alors qu’ils n’ont fait que vendre leur âme au diable. Au final, ils vont crever comme tout le monde, sauf qu’ils crèveront seuls et transis de peur avec l’impression de n’avoir rien compris. Il faut les traiter comme les perroquets, je n’ai rien contre les perroquets mais ce sont des petites bêtes qu’ il faut toujours placer sur un perchoir plus bas que soi, car si on les place au-dessus de notre tête, ils se mettent à penser qu’ils sont les chefs et qu’ils peuvent en toute légitimité nous donner des coups de bec sur la tête. Ca vous rappelle quelque chose ? Que faire alors ? C’est simple : prendre le petit oiseau et le poser gentiment par terre, histoire qu’il se souvienne que sans son perchoir, il rase la moquette. Ca le calme tout de suite.








