13 mai 2008
Pourquoi Sarko ne sera jamais Cyrano
Une petite réflexion intéressante sur les apparences, et au-delà...
(source: Petite philosophie grave et légère, Bertrand Vergely)
" Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer leur image à ceux qui s'y mirent", disait Jean Cocteau.
Subtile réflexion ! Les apparences ne sont pas ce que l'on croit. On les critique. On dit qu'elles ne sont rien. Si tel était le cas, on ne prendrait pas la peine de les condamner. On dit souvent de quelque chose qu'elle n'est rien, quand elle est quelque chose de gênant. On cherche ainsi à se prémunir.
Le propre de la séduction consiste à renvoyer à quelqu'un l'image qu'il attend. L'autre qui voit ce qu'il attend de voir ou qui entend ce qu'il attend d'entendre, croit se voir et s'entendre. Il oublie qu'on le trompe. Le danger du paraître réside là. En faisant apparaître à quelqu'un ce qu'il désire voir apparaître, il est possible de le manipuler à sa guise. Le paraître est donc dangereux, parce que le déguisement l'est. Ce danger vient de sa double face.
L'humanité grandit en se cultivant. Elle se cultive en refoulant la nature. Ainsi quand on est en conflit avec quelqu'un, on tâche d'y mettre les formes. On déguise ses intentions belliqueuses en "faisant part de sa surprise". On déclare "ne pas être insensible", pour dire que l'on aime. En se dédoublant pour déguiser ses intentions, on évite la brutalité des rapports. On crée aussi un risque. Une humanité artificielle peut naître. Imaginons que quelqu'un veuille toujours bien passer en société. Il ne se contentera pas de déguiser ses sentiments. Il les annihilera. Le résultat sera concluant. On l'invitera, et même, on le réinvitera.
"Paraître" veut dire donner le change, être ce que l'on n'est pas. Paraître veut dire également apparaître au grand jour, se manifester, devenir réel. On n'est plus dans l'apparence. On est dans l'apparition. L'intérieur vivant au point de devenir extérieur. Tout passe, lors de tels moments. Ce qui pourrait donner l'impression de transgresser les limites de la société, ne choque pas. En faisant surgir l'humanité dans la société et non contre elle, elle rend service à cette dernière. Elle la délivre, en lui donnant une clef.
Un désir, une colère sont brutaux, quand ils expriment la tyrannie d'un individu. On les respecte, quand, soumis à la vie, c'est celle-ci qui parle en eux. Cela sonne juste.
Il existe une société d'homme vivants. La société des hommes sociaux l'etouffe souvent, jusqu'à ce qu'un libérateur, comme Cyrano de Bergerac dans la pièce d'Edmond Rostand, survienne en enseignant qu'il existe des colères nécessaires, parce que vivantes.
"Moi, dit-il, c'est moralement que j'ai mes élégances.
Je ne m'attife pas ainsi qu'une freluquet.
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet."
On pardonne tout à Cyrano. On le remercie d'exister. Il n'est pas comme il faut. Il est vrai. Il n'a pas d'éducation. Il a du panache !
Commentaires
Hum, suis pas sur qu'un sarkozyste s'attardant ici comprenne tout... Sinon, impeccable
Merci beaucoup Tendrepoison. Très intéressant.
Apparence
Le miroir est un excellent révélateur de l'individu...on l'utilise d'ailleurs pour étudier les comportements des animaux...Il devrait peut-être y avoir une culture du miroir, à savoir apprendre à se regarder...pour se VOIR...tel que nous sommes VUS ! Et non pas comme nous voulons être vus !








