Transition

hop hop hop

12 mai 2008

Ca vous tente ?

On lisait dernièrement que l'Agence Spatiale Européenne lançait pour la première fois depuis 16 ans un recrutement... d'astronautes. Et ceci vraissemblablement dans l'optique du projet d'exploration humaine sur Mars, projet qui existe dans les cartons de toutes les agences spatiales. Et on nous le dit tout de go, les conditions de recrutement sont rigoureuses, alors... il ne faut pas trop rêver les mecs ! Rêver ? Oui c'est certes très romantique de s'envoler vers les étoiles, et super excitant de s'apprêter à incarner Han Solo dans Star Wars, mais... voilà quand même quelques pistes de réflexion pour permettre à chacun de se demander si ce genre de truc le fait vraiment rêver. Moi j'ai envie de dire: c'est comme pour les guerres, il faut bien motiver les troupes........
En tout cas, q
ue les chômeurs se rassurent, si on le leur propose, ils ne seront pas obligés d'accepter, c'est à plus de 2 heures (aller-retour) de chez eux !

TerMars

(Source: Science & Vie, mai 2008 -
Mission vers Mars, 3 ans d'angoisse dans l'espace par Mathieu Grousson, p 113)

3 ans coupés de tout et confinés dans une boîte de conserve pour un voyage de millions de km peut-être sans retour: voilà les conditions auxquelles devront être préparées psychologiquement les membres de la future expédition vers Mars. De quoi soulever des inquiétudes quant aux possibles "pétages de plomb" !

Un groupe d'astronautes sera t-il jamais prêt pour un tel voyage ? Marc Heppener, de l'Agence Spacial Européenne (ESA) le rappelle: "La question de la psychologie des astronautes est aujourd'hui la moins connue".

On trouve cependant quelques exemple de dérapage dans les annales de la conquête spatiale. Telle cette mission soviétique Soyouz d'une quinzaine de jours en orbite, avortée à cause d'une mésentente entre les deux astronautes embarqués. Ou cet essai de confinement au sol de 240 jours mené dans les environs de Moscou en 1999, durant lequel un Russe éméché s'en prit violemment à une Canadienne (...).

"Dans une situation de stress, explique Elisabeth Rosnet, au Laboratoire de psychologie appliquée Stress et société, à Reims, les individus ont des réactions qu'ils n'auraient jamais dans la vie de tous les jours".

En clair, le problème du comportement humain, c'est son imprévisibilité.

Premier problème: l'isolement. C'est à dire plus de famille, plus d'amis et, surtout, très peu de dérivatifs à la sphère professionnelle, avec une marge d'initiative très faible en raison d'un pilotage permanent du sol. On se retrouve donc dans la situation d'astronautes bardés de diplômes réduits à accomplir des tâches... de robots. De plus, "l'isolement d'un individu par rapport à son univers habituel limite les possibilités d'estime de soi", explique Elisabeth Rosnet.

Que faire également dans le cas d'un drame personnel comme le décès d'un proche ou des problèmes de couple ? Faudra t-il cacher l'information ? N'en livrer qu'une version édulcorée ?

Deuxième problème: le confinement. Obligation de vivre en permanence sous le regard des autres, ce qui n'est pas sans rappeler l'univers carcéral. Pour Jean-Pierre Haigneré, astronaute français, "il faut malgré tout arriver à s'organiser de telle manière que chacun ait son propre espace. Les gens le traversent, mais vous y installez vos affaires et il est entendu qu'ils n'y touchent pas. Cet espace sert à méditer, réfléchir, et pratiquer vos activités extraprofessionnelles". Mouais...

Troisième problème: L'activité. "Cela peut être terrible, indique Elisabeth Rosnet, car moins on a de choses à faire, plus on a de temps pour penser. Et des choses peuvent ressurgir qui agissent négativement sur le mental." Car dans les missions d'aussi longue durée, les astronautes sont souvent sous-occupés et disposent de beaucoup de temps libre pour... méditer ? contempler l'espace ? tourner en rond ? N'oublions pas que le voyage dure plusieurs années....

Quatrième problème: le multiculturalisme, souvent inhérent aux missions extrêmes. Il n'est pas sans causer au quotidien de petites incompréhensions, pouvant venir grossir le stress collectif. Un exemple, tiré de l'hivernage à Concordia, la station antarctique franco-italienne, durant la dernière coupe du monde de football: alors que les Français ont pour habitude de regarder les matchs en les commentant abondamment, les italiens préfèrent le silence... Cela n'a l'air de rien, mais dans des conditions extrêmes...

Autre question: faut-il prévoir une équipe mixte ? Elisabeth Rosnet, décidément pleine de bon sens, indique qu'un "couple né dans l'espace, ce peut être très bien si les deux étaient célibataires avant le décollage, et si cela ne crée pas de rivalité au sein de l'équipage. Mais que faire en cas de séparation pendant la mission ? Dans la vie de tous les jours, on peut toujours cesser de se voir; Là, c'est plus difficile !"

La question de l'autonomie sera quant à elle abordée courant 2009, lorsque six cobayes volontaires seront enfermés dans un similivaisseau martien dans le banlieu de Moscou, pendant 520 jours, dans le cadre de l'expérience Mars 500, à l'initiative de l'agence spatiale russe Roscosmos et de l'ESA. Quatre russes et deux européens devraient prendre place au sein d'un espace clos de 200 m2 dépourvu de fenêtres. Pour tester les réactions, les communications entre la "capsule" et l'extérieur prendront le même temps qu'entre la Terre et Mars: 20 minutes.

Et s'il y a un problème, combien de temps pour le rapatriement ? "Il faut compter six mois pour retrouver la bonne orbite autour de la planète rouge et s'extraire de son attraction, puis neuf mois pour revenir", explique Antonio Guell, médecin au Centre national d'études spatiales, avant de conclure: "Cela pose problème."

On se demande également si un type ne pourrait pas devenir fou en voyant la Terre depuis Mars, telle une étoile quelconque dans le ciel. "Depuis Mars, la Terre est petite au point que si on ne sait pas où elle est, on ne peut pas la trouver ! Or on n'a aucune idée de ce que cela signifie pour quelqu'un d'être à ce point coupé de chez lui..."

Jean-Pierre Haigneré nous explique enfin l'essentiel qu'on commençait cependant à subodorer en lisant ces lignes: "un voyage martien nécessitera des individus qui auront le sens du sacrifice. Avant de partir, ils devront être passionnés et motivés au point d'accepter que le prix à payer sera peut-être de ne pas revenir. Pour ce genre d'aventure, il faut une relation particulière à la vie, impliquant qu'il est plus important de réaliser un objectif que de la protéger à tout prix. J'admets que ce n'est pas une approche très contemporaine..."

Alors, des héros volontaires pour la grande aventure ?

Posté par TendrePoison à 11:17 - Insolite - Commentaires [7] - Permalien [#]
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