incommunicabilit_Nos sages Chinois se méfiaient de la mémoire des murs et ils avaient leurs méthodes traditionnelles pour s'en protéger. Par exemple, quand un crime de sang avait été commis dans une maison, avant d'y laisser rentrer les habitants, les policiers prenaient soin de faire fuir le méchant souvenir à coups de bâton. Ces fonctionnaires zélés et déchaînés frappaient avec leurs matraques les murs, les parquets, les poutres, la toiture, voire le sol quand il s'agissait d'une chaumière de campagne (d'où l'expression "terre battue"), jusqu'à ce que les aîtres aient complètement oublié le motif même de la correction qui leur était infligée. L'esprit mauvais été chassé en même temps que le souvenir de l'évènement, et les hommes pouvaient recommencer à tisser du bonheur à l'intérieur de cette maison.

Evidemment, en France, on ne pourra jamais convaincre les officiers de police judiciaire, ni même les gardiens de la paix, de l'utilité de mener un tel sabbat de bastonnade dans la chambre du crime. Même les virtuoses du bâton blanc trouveraient indigne de leur talent de frapper des murs.Pour la police, les murs ont souvent des oreilles mais jamais de mémoire.

Extrait de "Ces maisons qui tuent", Roger de Lafforest