... dit une chanson de Cabrel.

Bof ! Et bien non. S’il l’était vraiment, la vie y serait plus heureuse et plus libre et la planète serait assurément moins malade et plus verdoyante. Regardons notre société en face, en cessant d’être dupe du tape à l’œil et de la frime. Elle est vraiment lamentable. Elle l’est d’autant plus que tous les éléments d’information sont là pour le montrer, que nous le savons et que nous n’avons pas le sérieux d’agir en conséquence. Nous pratiquons un jeu de dupe. Faire semblant de comprendre d’un côté, et faire le contraire de ce qui est requis de l’autre.

Il est important d’observer autour de nous à quel point notre société mobilise toutes les ressources de l’intellect pour persuader l’homme de masse, le « travailleur de la consommation », comme dit Günter Anders, de la valeur suprême des objets de la frivolité. C’est un travail de sape constant que de miner l’essentiel avec du superficiel. Il engage tout d’abord de la part du sujet un type de perception hypnotique, qui substitue le réflexe à la réflexion. Il suppose le sabotage de tout ce qui comporterait ne serait-ce que l’ébauche d’une prise de conscience, l’évitement constant du sérieux par la dérision, le détournement systématique de la critique à des fins qui ramène encore et encore vers le profit. L’art de laisser croire à chacun qu’il dispose de son libre arbitre, tout en l’empêchant systématiquement de l’exercer. Il suffit d’écouter les stations FM en direction des jeunes pour le remarquer. « On se mare au sujet des meufs». 90% des programmes de télévision participent de cet esprit et les 10% restant sont mis évidemment en concurrence avec une incitation constante à choisir la facilité et donc à prendre le parti du  divertissement. Bref, les moyens de la technique sont investis pour apprendre à tout un chacun à se désinvestir de tout, à rester dans le léger et le superficiel. La potiche délurée et sans cervelle, et le potache mâcheur de chewing-gum à l’horizon mental confiné dans les limites d’une console de jeux sont très à l’aise dans ce monde ! Il est fait pour eux. Le système de la consommation maintient une mentalité d’ado accro de la consommation. C’est cette légèreté qu’il propose en modèle. Il fait constamment l’apologie de l’inconscience, sous la forme d’une vie fun et glamour ; celle où on ne pense jamais, mais où on s’amuse beaucoup. Et les jouets ne manquent pas ! C’est ce que l’industrie du loisir propose sans arrêt !

Il est difficile d’assumer sur le fil du rasoir la lucidité nue, sans céder à la tentation du cynisme qui, lui, termine finalement à chaque fois sa course dans les futilités convenues. Le Sérieux est la lucidité même, sans grandiloquence, ni petites manières. Le paradoxe, c’est justement que c’est au cœur de la gravité que l’humour atteint au sublime. Regardez bien ceux qui ont un véritable talent comique. Un comique qui sait entrer de manière poignante dans le pathétique de la vie, fait exploser le rire au cœur du sérieux absolu. C’est alors seulement qu’il délivre une leçon de vie.  La présence de Krishnamurti en conférence frappe par la puissance du sérieux qu’il dégage. Mais ses auditeurs étaient aussi très frappé par ses éclats de rire très communicatifs. Mais ce rire là avait une qualité particulière, parce que, mystérieusement, il était porté par un sérieux total.

Et quand le sérieux est total, l’amour n’est jamais absent. Le cynisme est assassin, mais la lucidité est aimante. « Ce que nous faisons de plus sérieux sur cette terre c'est d'aimer, le reste ne compte guère », dit  Julien Green. L’amour vivant est précisément ce qui délivre la diligence de l’attention, le soin à l’égard de ce que l’on fait et la déférence à l’égard de ceux pour qui on le fait. Quand l’amour est vivant, la légèreté retrouve sa juste place, car elle est joyeuse et libre.