Les histoires amoureuses commencent par la passion. Mais celle-ci n'a pas la solidité de l'amour. La première a pour elle l'intensité, le second la force. C'est aussi l'immaturité et la superficialité d'un côté, la maturité et la profondeur de l'autre. Non pas que la passion soit "mal" et l'amour "bien". Mais la première ne permet pas de construire dans la durée, de pérenniser la relation, de connaître l'autre et soi-même et de s'accepter réciproquement ; tout ce que l'amour permet, tout ce qu'il est en fait. On peut choisir la passion, mais il ne faut pas alors espérer l'amour ; ou choisir l'amour, mais accepter de ne plus être dans le passionnel. Tout choix est une perte, une élimination, mais c'est aussi une liberté, un engagement de soi. Il est possible de ne pas choisir : l'amour avec un compagnon ou une compagne, avec qui éventuellement on se marie et fait des enfants ; la passion amoureuse avec un amant ou une maîtresse. Mais ce choix du non choix finira en souffrance. Le couple légitime finira par en pâtir, et l'amour avec lui. Ce choix du non choix est au bout du compte celui de la passion au sacrifice de l'amour. Parce que le conjoint ou la conjointe finit par découvrir la vérité, le comportement de celui ou celle qui mène une double vie se modifiant peu à peu, aussi bien positivement que négativement. On peut apprendre à aimer. Pour cela il faut mûrir affectivement, sortir de ses blessures d'enfance, et faire le deuil de la passion. Mais il n'est pas sûr qu'on puisse y parvenir sans passer par une crise importante engendrant une remise en cause profonde. Ce sont les épreuves de la vie qui font grandir, à condition de vouloir en tirer des enseignements. Sans quoi on risque de répéter indéfiniment la même situation. Lorsqu'on tombe amoureux, on retombe en adolescence. Pour construire la relation, il faut ensuite passer en commun de la passion à l'amour. Ne pas tout attendre de l'autre, ne pas exister qu'à travers ses yeux, voir l'autre tel qu'il est et non selon ses rêves. L'aimer au quotidien plutôt qu'être amoureux(se) dans les bons moments seulement. Pour aimer, il faut en faire le choix.