Le jeu du chewing-gum : "je voudrais qu’on se rapproche un peu et je n’en ai pas envie"

Subtile ou abrupte, déguisée ou exhibée, volontaire ou inconsciente, naïve ou insidieuse, en veilleuse ou à son paroxysme, elle est partout, on peut la déchiffrer en filigrane de toute relation : c’est la lutte à propos de la position supérieure, pour l’obtenir, la détenir et la maintenir ou pour l’éviter, la refuser, s’y dérober.

Position supérieure, inférieure à quoi ? A celle de l’autre dans la relation, c’est tout et c’est infiniment complexe.

Qui domine l’autre ?

Qui a l’initiative ?

Qui est le demandeur ?

Qui a le dernier mot ?

Qui influence le plus l’autre, ou le plus souvent et dans quels domaines ?

Qui s’arrange pour ne jamais demander, pour transformer l’autre en demandeur ?

Qui donne le ton, qui instaure le climat, qui influe sur l’atmosphère d’un échange ?

Qui mène le jeu ?

Quel accord y a t-il sur la définition de la relation ?

Lorsqu’il y a lutte de pouvoir, rien n’est jamais clair, évident ou acquis, chaque séquence dépend du contexte précédent et de la réponse qui va suivre. Rien n’est jamais achevé, comme dans un mouvement circulaire qui tourne sur lui-même et s’alimente de tous les éléments de la relation.

Lorsque ce système compétitif fonctionne en sourdine, a minima, nous ne nous en préoccupons guère. Mais parfois il s’amplifie insidieusement, puis s’emballe. Ou alors il se rigidifie en des positions figées et immuables qui dévitalisent la relation, immobilisent les sentiments et les émotions.

Il y a toujours complicité et accord profond, il n’est pas possible qu’une seule personne définisse une relation sans la collaboration de l’autre. Dans certaines situations de rapports de force trop inégaux, le refus de prendre la position complémentaire coûte extrêmement cher. Le bourreau qui torture un prisonnier se définit comme « je suis celui qui te fera parler ». Si la victime se définit comme « je suis celui qui ne parlera pas » elle peut le payer de sa vie.

C’est la peur que le jeu cesse (et donc que la relation se détériore ou se perde) qui amène bien des partenaires à accepter la domination de l’autre. C’est donc celui qui croit avoir le moins peur de perdre l’autre qui aura la position dominante. Selon cette vision, la lutte pour la position haute serait la recherche d’autonomie, une aspiration à un sentiment de plus grande liberté, un besoin de sécurité aussi, puisque la dépendance mène toujours à l’insécurité. Ainsi peut se cultiver un leurre dynamique : dominer la situation pour se sentir libre.

Mais celui pour qui dominer est un enjeu vital reste l’esclave de ses esclaves. Une des solutions possibles est alors d’en avoir beaucoup : beaucoup de maîtresses, d’amants, beaucoup de disciples ou d’admirateurs, beaucoup de relations, si bien que la perte de l’un ou de l’autre ne compromettra pas la position dominante sécurisante. Ainsi on verra certains individus accumuler conquêtes et relations, et « capitaliser » un potentiel de pouvoir et d’influence pour avoir le sentiment d’exister. C’est là un labeur épuisant, sans fin, qui exige une vigilance aiguë et sans cesse renouvelée.

Comme le disait un participant qui avait adopté ce mode de vie : « Je ne veux pas mettre tous mes œufs affectifs dans le même panier ». C’est lui aussi qui, interpellé sur les angoisses sous-jacentes à sa recherche de relations féminines multiples, s’était écrié : « J’aime mieux prendre mon pied que conscience ! »

Position haute, position basse, chacune comporte des attraits, des bénéfices et des désagréments. Nous savons qu’une relation en bonne santé comporte une alternance de positions hautes et basses, un courant de réciprocité qui est la sève d’une relation vivante.

  • La maîtrise de l’autre, stratégies possibles

Les stratégies déployées pour occuper la position haute sont multiples et variées, on ne peut non plus dresser la carte des chemins tortueux par où elles passent. Mais on peut dégager certaines lignes de force: les émotions et les états d’âme qu’il est propice de déclencher, d’entretenir et de manipuler chez l’autre sont surtout la jalousie, l’envie, la colère, la confusion, le désir, la curiosité, l’incertitude, la dévalorisation et la frustration. Il faut engendrer chez lui tour à tour l’espoir et la frustration.

Pour cela il est bon de se servir du silence (celui qui ne parle pas garde l’avantage sur celui qui se livre).

Les messages contradictoire et l’ironie sont également efficaces.

Les non-réponses ou les réponses à côté, vagues et sibyllines, sont utiles pour entretenir la confusion et le doute nécessaires chez l’autre.

Il convient aussi de toujours mettre l’interrogation sur l’autre et de le renvoyer à son problème dès qu’il conteste le système.

Pour cultiver la frustration et aviver le désir, il vaut mieux donner peu de repères sur ses sentiments, ses projets et ses disponibilités, afin de faire attendre l’autre, de lui laisser croire et de susciter l’espoir sans rien préciser.

La disqualification bien menée est également un bon moyen de mettre l’autre en bas : il s’agit de manifester que ce qu’il dit, fait ou demande dans la relation est sans signification, n’a pas d’impact, ne modifie rien et peut être ignoré, considéré comme non avenu et sans influence.

Evidemment, ce régime doit être accompagné de gratifications bien dosées, de préférence imprévisibles, si l’on ne veut pas que l’autre s’éloigne, de guerre lasse. C’est bien là un des moyens d’en finir, se lasser de la guerre, y devenir indifférent, réaliser que le prix à payer dépasse le gain.

Le partenaire qui cultivera la position haute dictera la conduite de l’autre, manipulera ses sentiments et dosera souffrances et gratifications chez l’autre… qui collaborera plus ou moins, se détruira ou se révoltera.

A celui-là nous souhaitons dans tous les cas de renoncer chaque fois qu’il sera conscient d’un tel système. Ce renoncement sera d’autant plus difficile que la confusion entre sentiments et système relationnel sera maintenue.

  • Le décalage entre l’intention et l’effet

Il est possible de voir faux dans la motivation consciente de l’autre et de sentir juste dans la tactique relationnelle agie. Ces deux niveaux parallèles s’enchevêtrent. L’arme utilisée dans les rapports de force est toujours la même : réveiller chez l’autre telle ou telle émotion, selon ses points faibles, ses manques, ses craintes et ses désirs particuliers. Mieux on connaît le paysage intérieur de l’autre, plus on peut avoir de pouvoir sur lui. Les meneurs d’hommes, les séducteurs, les femmes fatales, les maîtres, les tyrans sont ceux qui savent provoquer des émotions chez les autres, et s’en servir, que ce soit pour la bonne cause, pour leurs besoins narcissiques ou d’autres besoins.

Mais la plupart du temps, dans les relations de la vie quotidienne, il serait vain de croire à l’intentionnalité de celui qui « déclenche » l’autre. Il s’agit bien de processus spontanés, issus de la rétroaction instantanée à l’intérieur d’un système relationnel dans lequel les positions hautes et basses sont bien établies, s’affrontent ou tentent de se neutraliser.

Les rapports de pouvoirs sont presque toujours niés. Un pouvoir qui s’affiche, qui se déclare tend à entraîner une contestation ouverte ou une opposition larvée. Pour être adroite et rester puissante l’autorité doit rester voilée, elle doit même s’affirmer comme étant sans pouvoir et jouer sur des facteurs affectifs. Lorsque nous employons le mot « manipulation » nous pensons généralement à une action concertée et volontaire. Or, le plus souvent dans les relations affectives, la manipulation de l’autre est inconsciente et d’autant plus angoissante qu’elle est plus voilée.


COMMENT SORTIR DES JEUX DE POUVOIRS RELATIONNELS ?

(Source: TURCOTTE, Marie-Josée. Entrevue avec Jean-Jacques Crèvecoeur, Magazine Lumière, Janv./Fév.97.)

Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver à faire quelque chose que vous n'aviez pas vraiment décidé de faire, d'agir sous la pression de quelqu'un? Vous êtes-vous également surpris à inciter quelqu'un à une action qu'il n'avait pas l'intention de faire? Si oui, vous êtes probablement pris, comme bien des gens, dans l'engrenage des jeux de pouvoir relationnels. Qu'ils soient présents dans votre vie amoureuse ou professionnelle, dans vos rapports avec vos amis ou votre famille, les résultats sont souvent les mêmes. «Pourquoi, malgré les meilleures intentions du monde, en arrivons-nous à vivre des relations frustrantes et conflictuelles?», questionne Jean-Jacques Crèvecoeur, créateur de la Dynarsys (Dynamique Relationnelle Systémique), une nouvelle approche visant à désamorcer les relations de pouvoir. En des termes simples, le conférencier belge nous explique d'où viennent ces jeux de pouvoir dont nous sommes acteurs ou victimes et comment on peut en sortir sans trop de heurts ni d'artifices.

Monsieur Crèvecoeur, de quelle manière en êtes-vous venu à vous intéresser aux jeux de pouvoir relationnels? 

En fait, ce n'est pas ma formation universitaire qui m'a conduit à explorer ce sujet, puisque je suis d'abord un physicien. À vrai dire, j'ai très vite été confronté dans ma vie intime à des difficultés relationnelles. Mon épouse et moi vivions des tensions si fortes qu'après seulement trois mois de mariage, nous étions en instance de divorce. Devant l'état déplorable de notre union, deux choix s'offraient à nous: soit nous nous séparions, soit nous commencions à chercher des moyens d'améliorer la qualité de notre relation. C'est évidemment la deuxième option que nous avons prise.

Expliquez-nous ce qu'est exactement un jeu de pouvoir? 

Un jeu de pouvoir consiste à adopter des attitudes qui font en sorte que nous essayons d'avoir une emprise ou une influence sur l'autre afin de gagner ou de garder un contrôle sur lui. Nous cherchons ainsi à lui faire faire, lui faire dire, lui faire penser ou lui faire ressentir ce que nous voulons qu'il fasse, dise, pense ou ressente, contre son gré ou à son insu. D'autre part, le jeu de pouvoir se traduit la plupart du temps par le sentiment d'un malaise chez la personne qui subit cette pression exercée par l'autre.

Comment fait-on pour savoir qu'il s'agit réellement d'un jeu de pouvoir? 

Nous savons qu'il y a jeu de pouvoir lorsqu'il y a présence d'un double message, c'est-à-dire une distorsion entre le message explicite et le message implicite. Le message explicite, c'est ce qui est dit verbalement par la personne et le message implicite est le message qui est sous-entendu. Cette distorsion permet ainsi de mettre en place un troisième niveau de relation qui est l'attente ou le projet caché que j'ai sur l'autre. C'est ce qui provoque le malaise.

Donnez-nous un exemple concret de jeu de pouvoir. 

Prenons l'exemple d'une femme qui dit à son ami: «Tu n'as pas envie daller au cinéma ce soir». En disant cela, elle ne prend pas la responsabilité de sa réelle demande qui est: «J'ai envie d'aller au cinéma. Veux-tu m'accompagner?» Dans ce cas, la femme formule simplement une affirmation et elle espère ou attend que l'autre comprendra par lui-même et répondra à son envie. L'avantage de cette situation, c'est que si son ami se plaint que le film est moche, il ne pourra pas lui reprocher d'avoir pris l'initiative d'aller au cinéma puisqu'en fait, elle lui a donné le pouvoir de décider quelque chose qui était important pour elle. Et s'il lui fait des reproches directs, elle pourra toujours s'en sortir en disant: «Je ne t'ai jamais rien demandé.» C'est ce qu'on appelle prendre du pouvoir sur l'autre à son insu et contre son gré. Cela se produit la plupart du temps inconsciemment d'ailleurs.

Vous voulez dire que nous établissons des jeux de pouvoir sans véritablement nous en rendre compte? 

En effet. La plupart de ces jeux de pouvoir sont tout à fait inconscients. Il peut s'agir d'une situation où je n'accepte pas à l'avance qu'on puisse me dire non. Pour ce faire, j'ai recours à toutes sortes de stratégies pour, par exemple, demander à un voisin de garder mes enfants pour la soirée. Je peux utiliser la flatterie afin que la personne soit dans de bonnes dispositions pour accepter: «Dis, tu as l'air en forme aujourd'hui»; ou la pitié afin que l'autre se sente coupable de refuser: «Je suis vraiment très mal pris, tu sais»; ou encore l'auto-accusation afin que l'autre se sente supérieur et joue au sauveteur: «Quel imbécile je suis! J'aurai dû te le demander plus tôt, n'est-ce pas?»; et j'en passe! Mais ce qui est surtout important de comprendre ici, c'est qu'on ne subit jamais de façon innocente le jeu de pouvoir de l'autre. Il existe, ce qu'on appelle, en Dynarsys, une complicité circulaire entre la personne qui subit la pression et celle qui l'exerce, entre la victime et le bourreau.

De quelle façon la victime est-elle complice des jeux de pouvoir qu'on exerce sur elle? 

La victime est complice dans le sens où elle accepte, involontairement et inconsciemment, d'entrer dans le jeu de l'autre. Il s'agit d'ailleurs d'une grande prise de conscience à faire, surtout chez ceux et celles qui se plaignent de subir le pouvoir de quelqu'un depuis des années. Si je reprends l'exemple donné précédemment: «Tu n'as pas envie d'aller au cinéma.» La personne qui accepte de prendre la décision à la place de l'autre est complice du pouvoir que l'autre essaie d'exercer sur elle. Il en va de même pour celle qui garde les enfants de son voisin alors qu'elle n'en a aucune envie. En n'exprimant pas nos limites, on permet à l'autre de les transgresser.

Pourquoi est-ce parfois si difficile de dire non? 

De prime abord, nous devons d'abord comprendre l'origine des jeux de pouvoir: d'où viennent-ils et pourquoi les utilisons-nous? En fait, ce sont nos peurs inconscientes qui nous poussent à y entrer. Et la première peur que nous entretenons et qui fait en sorte que nous acceptons de faire des choses qui ne nous conviennent pas du tout, est simplement celle de provoquer une rupture relationnelle. Nous craignons le conflit et la confrontation.

Nous avons, en quelque sorte, peur de déplaire. 

Tout à fait. Nous avons peur de déplaire à l'ami ou au patron, de blesser le conjoint ou d'être rejeté par le parent. Mais sous la peur de la confrontation, il s'en cache une autre, encore plus profonde, qui est celle d'être confronté à soi-même. Car dès qu'on accepte le conflit, on s'expose du même coup à entendre des choses que nous ne voulons pas entendre ou très désagréables à notre sujet. Et sous la peur d'être confronté à soi-même se cache une peur encore plus profonde: la peur du changement. En effet, si j'accepte d'entendre ces choses désagréables, je vais devoir changer un certain nombre d'attitudes et de croyances que j'entretenais à propos de la vie. À partir du moment où tout change, cela signifie que je perds une certaine sécurité, un cadre de référence.

Et si on accepte le changement, y a-t-il d'autres peurs qui nous poussent à entrer dans des jeux de pouvoir? 

Oui, mais ces peurs sont de plus en plus inconscientes, donc difficile à détecter. Il y a entre autres la peur de la mort et derrière cette peur, il y a celle de vivre. Cela peut sembler paradoxal mais le fait de naître nous place non seulement dans une perspective de mortalité mais aussi, dans l'obligation de vivre dans un corps. Or, refuser l'incarnation, c'est vivre comme si nous n'avions pas de besoins réels. Les indices les plus visibles de ce refus se retrouvent dans les histoires d'argent. Ce sont, par exemple, les personnes qui disent: «Je laisse tomber, je ne vais pas réclamer cette somme d'argent, ça n'en vaut pas la peine.» Ne pas régler ses problèmes d'argent, c'est agir comme si nous n'avions pas besoin de manger ou de se vêtir, comme si nous étions un esprit désincarné. Ne pas reconnaître et ne pas respecter ses besoins, ses émotions ou ses limites engendre des jeux de pouvoir.

Existe-t-il une façon de sortir de cette dynamique? 

Oui et cela consiste à trouver un équilibre en soi qui nous permettra de ne plus être déstabilisé par les jeux de pouvoir. Pour bien faire comprendre ce principe, j'utilise l'image d'une ancre de navire. Lorsque je jette l'ancre, cela me permet de rester attaché au même endroit tout en gardant une certaine souplesse. Ainsi, le navire continue à voguer au gré des vagues mais il ne dérive plus. S'ancrer, c'est donc être capable de rester centré sur sa réalité, sans être perturbé ou entraîné par tous les courants qui cherchent à me faire dériver. Car concrètement, les jeux de pouvoir ne fonctionnent qu'à partir du moment où je suis déstabilisé par l'autre.

Comment atteindre cet équilibre? 

Nous atteindrons cet équilibre en nous ancrant d'abord dans notre corps. Il est inutile de faire un travail de désamorçage des jeux de pouvoir si nous n'utilisons pas toute la puissance qu'il y a dans notre corps, si nous restons seulement au niveau de notre tête.

En quoi consiste cet ancrage dont vous parlez? 

Il s'agit de trouver une position d'équilibre où j'ai les deux pieds bien posés contre le sol, les jambes parallèles, les bras le long du corps ou posés sur les genoux. Si je suis debout, les deux pieds sont légèrement écartés, les genoux légèrement pliés et la colonne vertébrale bien droite. J'utilise cette position d'ancrage corporel chaque fois que je me trouve dans une situation de tension relationnelle. Cela me permet ainsi de prendre contact avec mon centre d'énergie ou le hara.

Que fait-on une fois que notre corps est bien ancré? 

II est important de mettre notre mental en équilibre. Nous savons maintenant que notre inconscient engendre diverses peurs et croyances qui nous conduisent à entrer dans des jeux de pouvoir. Nous pouvons croire, par exemple, que l'on est trop timide pour approcher les gens, que l'on se doit de toujours dire oui, ou encore, nous croyons que nous devons tout faire parfaitement. Plusieurs personnes se reconnaissent sans doute dans ces exemples. Or, ces croyances sont si fortement ancrées dans notre inconscient que toute tentative pour les combattre est vouée à l'échec. Dans ce cas, pourquoi ne pas simplement les accepter, tout en se donnant la permission de faire les choses autrement de temps en à autre?

Que signifie concrètement «se donner des permissions»? 

Concrètement, ça donne ceci: «Je reconnais et j'accepte que j'aime les choses bien faites, mais pour ce travail-ci, je me donne la permission de faire des erreurs». Ou encore: «Je reconnais que mon éducation me dicte de toujours tout accepter mais je me donne la permission de dire «non» au moins une fois dans la journée si quelque chose ne me convient pas»; et finalement: «Je reconnais et j'accepte que je suis timide mais ce soir, je me donne la permission de faire les premiers pas vers une personne».

Autrement dit, cela consiste à déjouer les programmes inconscients qui dictent nos conduites? 

Cela consiste surtout à cesser de lutter contre ces programmes qui pèsent sur nous. Car plus nous luttons contre eux, plus nous les renforçons. Le principe est d'ailleurs le même en ce qui concerne les émotions. Au quotidien, nous dépensons beaucoup d'énergie à lutter contre nos émotions que nous jugeons déplacées ou dérangeantes. Beaucoup de gens, par exemple, n'osent pas exprimer leur colère parce qu'ils se préoccupent a priori de comment l'autre la recevra. Ils en arrivent ainsi à se couper de leur ressenti. Or, nous ne pouvons sortir des jeux de pouvoir que si nous acceptons de nous mettre à l'écoute de nos émotions et utilisons l'énergie mobilisée par elles pour se recentrer sur soi.

C'est ce que vous appelez l'ancrage dans les émotions. 

Absolument. Ce sont nos émotions qui nous indiquent si quelque chose va ou ne va pas. Elle sont donc essentielles, tout comme le sont nos besoins. Malheureusement, rares sont les personnes qui savent exactement quels sont leurs besoins. Elles ne peuvent donc poser la limite de ce qui est acceptable ou inacceptable pour elles et du coup, elles deviennent frustrées. Il est donc essentiel de savoir ce que l'on veut ou ne veut pas pour arriver à désamorcer les jeux de pouvoir.

Doit-on utiliser d'autres types d'ancrages pour ce faire? 

Il est important de s'ancrer dans la relation présente et les faits objectifs. Autrement dit, je ne traite avec mon interlocuteur que de ce qui nous concerne, lui et moi. Je n'accepte pas que des absents ou des tiers interfèrent dans notre relation. Enfin, lorsqu'il y a conflit, je me repose sur les faits tels qu'ils se sont produits et sur ce qui s'est dit. Je n'essaie pas de me justifier, d'argumenter ou d'avoir raison car c'est à ce moment-là que naissent ou s'amplifient les jeux de pouvoir. Donc, en résumé, cela consiste à ne plus m'occuper que de ce qui concerne ma réalité. Je prends à 100% la responsabilité de ce que je ressens, pense, dis ou fais mais d'autre part, je prends à 0% la responsabilité de ce que l'autre ressent, pense, dit ou fait.

N'est-ce pas là de l'égocentrisme que de se préoccuper uniquement de soi? 

Si je confonds mes besoins et mes désirs, si j'impose mes demandes à l'autre et je m'attends à ce qu'il les satisfasse, je suis effectivement perçu comme étant égocentrique. Par contre, ce dont je vous parle ici, c'est de quelqu'un qui est conscient de ses besoins, de ses émotions et de ses limites mais qui est ouvert à toutes les solutions qui se présentent. C'est quelqu'un qui se respecte d'abord, mais on ne peut se respecter soi-même que si on respecte l'autre aussi. Respecter l'autre veut dire ne pas le prendre en charge, ne pas répondre à des attentes implicites mais plutôt, l'encourager à formuler clairement ses propres besoins, émotions et limites afin qu'il devienne autonome.

Maintenant, cela ne veut pas dire que la personne acceptera ce nouveau mode de relation. Celui ou celle qui décide de briser un jeu de pouvoir s'expose tout de même à une rupture relationnelle, non? 

Effectivement. Lorsque je désamorce un jeu de pouvoir, cela ne me donne aucune garantie que l'autre acceptera de me suivre dans mes nouvelles démarches. Je ne peux pas savoir ce qu'il adviendra par la suite; c'est hors de mon contrôle. De toute façon, si je m'attends à ce que l'autre change ou évolue par mes gestes, j'ai déjà un projet implicite sur lui et c'est un jeu de pouvoir. Vous voyez combien les jeux de pouvoir sont parfois subtils...

N'y a-t-il pas une façon de les désamorcer sans mettre la relation en péril? 

On pourrait sans doute y arriver si on n'attendait pas si longtemps avant d'exposer son malaise et ses frustrations. Malheureusement, à cause de toutes ces peurs qui nous submergent, on laisse trop souvent les choses se dégrader. Si la politique de l'autruche est efficace à court terme -puisqu'elle évite un conflit et permet à l'autre d'obtenir ce qu'il veut- elle est inadéquate à plus ou moins long terme car la personne qui fait toujours les concessions risque de devenir tellement frustrée que la relation finira par se dégrader de toute façon. Les jeux de pouvoir deviennent alors semblables à des bombes à retardement qu'on met en place dans la relation sans s'en rendre compte et qui explosent souvent lorsqu'il est trop tard, que la relation est trop abîmée pour qu'on puisse la récupérer.

Il faut donc prendre des risques et oser la confrontation? 

La seule chose dont vous pouvez être sûr, c'est que tant que vous resterez dans les jeux de pouvoir, la probabilité de vous en sortir est nulle et la probabilité que, à long terme, la relation soit rompue est presque absolue. Il est vrai qu'en désamorçant cette dynamique, vous prenez un risque mais c'est uniquement ainsi que vous parviendrez peut-être à reconstruire une relation sur des bases plus satisfaisantes.

Auriez-vous une dernière recommandation pour nos lecteurs? 

J'ai simplement envie de leur dire qu'on apprend par la pratique et qu'il n'est pas nécessaire d'avoir fait beaucoup de travail sur soi-même pour oser commencer à poser des gestes dès maintenant. Le désamorçage des jeux de pouvoir ne se fait pas dans la tête mais en actes et en paroles. J'encourage donc les lecteurs à expérimenter par essais et erreurs. Ayez confiance en vos ressources et en ce que vous ressentez car ce sont vos émotions qui, encore une fois, vous indiqueront si quelque chose est à faire ou si ce que vous avez fait est juste ou non. Osez déployer toute la richesse qui vous habite car c'est ainsi que vous transformerez les jeux de pouvoir relationnels en une puissance de rayonnement et de respect. L'amour du pouvoir deviendra alors la puissance de l'amour.

1. Exposez le plus vite possible à l'autre votre malaise lorsque vous sentez que quelque chose ne va pas. Si vous laissez le malaise s'intensifier, vous aurez de plus en plus de difficulté à vous en sortir au moment où les conflits éclateront au grand jour.

2. Soyez de plus en plus au clair avec ce dont vous avez besoin et exposez vos limites. Par exemple: «J'ai besoin que tu me rembourses aujourd'hui» ou «Je ne veux plus faire des heures supplémentaires».

3. Dites clairement à l'autre ce que vous attendez de lui tout en sachant que vos demandes pourront très bien ne pas être acceptées. Par exemple: «J'ai envie de sortir au cinéma avec toi, ce soir.» Apprenez à recevoir une réponse négative comme positive.

4. Ne placez plus l'autre dans un jeu d'attente implicite, donc un jeu de pouvoir. Autrement dit, veillez à ce que l'autre ne se sente pas sous pression. Ajoutez: «Sache que si tu n'as pas envie d'aller au cinéma, je ne serai pas fâché contre toi. Nous pourrons faire autre chose.» Évitez surtout ce genre d'affirmation: «Dis, tu ne fais rien de spécial ce soir?»

5. Si l'autre personne vous formule une demande qui n'est pas claire, demandez-lui: «Qu'attends-tu de moi au juste?» Cette question renvoie l'autre à sa responsabilité de dire les choses clairement. Tant et aussi longtemps que la demande n'est pas claire, ne lui fournissez pas de réponse.

6. Apprenez de plus en plus à dire les choses telles que vous les ressentez ou telles que vous les pensez. Développez une authenticité de plus en plus grande, même si cela ressemble parfois à un jugement de votre part. Par exemple: «Je sais que ce que j'ai à te dire est un jugement et j'en prends à 100% la responsabilité mais je n'arrive pas à te le dire autrement. Voilà: je pense que tu es égoïste.»

7. Lorsque survient un conflit, en tout temps restez bien ancré dans votre corps, vos émotions, vos besoins, la relation présente et les faits objectifs. Ne vous laissez pas déstabiliser en vous concentrant sur la façon dont l'autre risquerait d'accueillir vos propos. Ce n'est pas votre responsabilité.

Pour approfondir: 

Relations et jeux de pouvoir et Évoluer pour guérir de Jean-Jacques Crèvecoeur, aux éditions Le troisième Iris (Diffusion Québec Livres).


Autres pistes...

Conséquences des jeux de pouvoir :

1. La distorsion entre le message explicite et le message implicite.

Par peur du conflit et de la rupture, nous n'allons dire ni ce que nous pensons, ni ce que nous ressentons, ni ce que nous voulons, ni ce que nous ne voulons pas. Si vous entendez : " Il y a, dans vos tableaux, une recherche certaine qui m'échappe peut-être un peu, mais que je trouve tout à fait intéressante " (ceci est le message exprimé, explicite), comprenez que votre interlocuteur n'apprécie pas du tout votre œuvre (message sous-entendu, implicite)...
Parfois, cette distorsion est beaucoup plus subtile. Une phrase comme " Je trouve cela inacceptable " cache très souvent des sentiments non exprimés : " Je suis très fâché "...
Ou encore des énoncés du type : " J'ai un gros problème, je ne sais pas quoi faire avec mes enfants ce soir " sous-entendent tellement bien un " Veux-tu garder mes enfants ce soir ? " que nous ne sommes même plus conscients de cette distorsion. Il est vrai que c'est le message non-dit qui est souvent le plus fortement perçu par l'interlocuteur...
L'avantage d'une telle distorsion ? Dans tous les cas, je ne suis pas confronté à la réalité... En effet, si mon message passe et est correctement interprété par mon interlocuteur, la réponse favorable obtenue ne résulte pas de mon initiative (je n'ai effectivement rien dit de tel ou rien demandé), mais bien de la sienne... Si mon message ne passe pas, si je n'obtiens pas satisfaction, je pourrai toujours prétendre que je n'attendais rien... Nous retrouvons donc bien cette angoisse d'être confronté à la perte (de la relation ou de l'image de soi)...

2. La non prise de responsabilité de sa propre réalité

Une deuxième conséquence de l'angoisse liée au changement et à la perte se manifeste dans le fait que, très rarement, nous prenons réellement la responsabilité de notre réalité dans notre façon d'agir ou de parler... Nous préférons souvent dire : " Il faudrait penser à sortir les poubelles ce soir " ou encore " On devrait faire ceci "... plutôt que dire : " Je te demande de sortir les poubelles ou de faire ceci... ". Plus caractéristique encore, les phrases du type : " Tu n'as pas envie d'aller au cinéma ce soir ? " plutôt que " J'ai envie d'aller au cinéma. M'accompagnes-tu ? ".
Quand nous sommes pris en défaut, nous prenons rarement la responsabilité de nos actes en nous justifiant, en niant les faits, en les atténuant, en les relativisant. En cas de problème relationnel, notre première tendance est de souvent rejeter la responsabilité sur l'autre, sur un tiers absent. Quand nous devons exprimer notre mécontentement à quelqu'un, combien de fois n'utilisons-nous pas l'avis ou le malaise des autres pour justifier notre intervention...
L'avantage inconscient de cette non prise de responsabilité ? Encore une fois, je ne suis confronté ni à la réalité de l'autre, ni à la mienne. En jouant en permanence à cache-cache avec l'autre, en atténuant mon discours, en dissimulant ce que je ressens vraiment, en étant aux abonnés absents de la relation, j'ai l'illusion d'échapper au risque de perdre la relation, donc de mourir symboliquement.

3. L'exercice de pressions psychologiques sur l'autre.

Par peur de perdre quelque chose dans la relation (le contrôle, l'amour, la reconnaissance, l'image de moi, etc.), nous exerçons sans le vouloir des pressions sur nos interlocuteurs pour être sûrs d'obtenir ce que nous voulons.
C'est ainsi que nous recourons fréquemment au chantage affectif, à la culpabilisation, aux reproches. Nous mettons également l'autre devant le fait accompli, nous lui faisons sentir que nous ne sommes pas prêts à recevoir une autre réponse qu'une réponse favorable. Nous jouons des scénarios de victimes ou d'incapables pour obliger les autres à nous prendre en charge. Nous jouons aux dames patronnesses ou aux boy-scouts en imposant nos services, nos coups de main, même à ceux qui n'en veulent pas. Tout cela toujours par peur de perdre...

4. Les projets ou les attentes implicites par rapport à l'autre

Quatrième conséquence et non des moindres. L'angoisse de perdre le contrôle, liée à la peur du changement va faire que nous allons nourrir des projets ou des attentes par rapport aux autres, mais sans jamais le leur dire. En gros, nous attendons que les autres se comportent comme nous pensons qu'ils doivent se comporter. Autrement dit, si nous parvenons à leur faire faire, à leur faire dire, à leur faire penser ou encore à leur faire ressentir ce que nous voulons, leurs comportements et leurs attitudes ne peuvent que nous sécuriser et nous conforter dans un statu quo par rapport au réel...
Nous nous prouvons donc à nous-mêmes que nous sommes capables de contrôler les autres, ce qui nous affranchit définitivement de l'angoisse du changement et de la mort.

Ces quatre caractéristiques constituent ce que nous appelons une tentative de jeu de pouvoir. Pour que ces tentatives se transforment en jeux de pouvoir proprement dit, il faut et il suffit que l'autre alimente ou renforce le jeu du premier. Si j'accepte de subir les brimades de quelqu'un, je l'encourage à continuer... Par contre, plus je résiste aux mêmes brimades, plus je les renforce également, en vertu du principe d'action et réaction bien connu des physiciens... Nous sommes donc dans un cercle vicieux et infernal où l'acceptation du jeu a le même effet que la résistance. Comme si nous donnions le pouvoir à l'autre d'avoir encore plus de pouvoir sur nous...
La relation est donc un phénomène très complexe, se vivant à trois niveaux de réalité simultanément : celui des messages explicites et verbaux, celui des messages implicites (non-dits) et celui des projets et des attentes implicites où se développent les jeux de pouvoir. A noter que les théories de communication classiques (comme l'Analyse Transactionnelle, la Méthode Gordon, Jacques Salomé, PNL) travaillent sur les deux premiers niveaux, tandis que les approches plus systémiques (thérapies systémiques, Dynamique Relationnelle Systémique) apportent des éléments d'action sur le troisième niveau... D'où leur complémentarité indispensable.

Comment rendre nos relations constructives ?

Avant de répondre à cette question, quatre remarques s'imposent.

Premièrement, guérir nos relations ou les rendre constructives ne se fait pas une fois pour toutes, car les conditions inconscientes qui nous ramènent vers les jeux de pouvoir sont présentes en permanence chez l'être humain... Tout au plus, peut-on conscientiser certaines zones d'ombre en nous... Tout au plus peut-on nettoyer les charges émotionnelles associées à la mémoire des événements. Il ne faut donc pas croire que l'on peut guérir définitivement...

Deuxièmement, dans la vision systémique que je vous propose, nous ne sommes jamais une victime innocente des jeux de pouvoir que nous subissons, à partir du moment où ces jeux se répètent. Car, comme nous l'avons vu, pour qu'une tentative de jeu de pouvoir fonctionne, elle a besoin d'être alimentée, renforcée par nos réactions. Nous sommes donc, à tout le moins, des complices involontaires de ce que nous subissons...

Troisièmement, cette notion de complicité involontaire recèle une opportunité intéressante. Le pouvoir que quelqu'un a sur nous dépend du pouvoir que nous lui donnons d'en avoir. En d'autres termes, son jeu a besoin du nôtre pour exister, pour trouver une réponse, un équilibre. Par conséquent, ce jeu d'équilibre d'action et réaction peut être désamorcé par une seule personne ! Cela ne dépend que de nous de ne plus subir le pouvoir des autres...

Quatrièmement, la complexité des relations est telle qu'aucune recette n'est efficace, surtout si celle-ci est appliquée sans avoir appris à décoder et à lire les phénomènes relationnels... En outre, l'omniprésence des jeux de pouvoir (ce fameux troisième niveau de la relation) rend certainement moins efficaces un certain nombre d'approches classiques de communication, qui elles ne traitent que les deux premiers niveaux de la relation... Un travail spécifique est donc nécessaire pour nettoyer la relation de ses pièges avant d'appliquer les règles de la communication...

1. Prendre à 100 % la responsabilité de sa réalité
Ce premier principe consiste à apprendre à parler vrai, en toutes circonstances. Exprimer ce que je ressens mais en l'assumant; reconnaître ce que j'ai fait et dit; demander clairement ce que je veux; expliciter ce que je pense sans avoir peur de la réaction probable de l'autre... Énoncé comme tel, ce principe n'a l'air de rien. Mais il exige à la fois intégrité, alignement, courage, honnêteté et conscience de sa propre réalité...

2. Prendre à 0 % responsabilité de la réalité de l'autre
Tout aussi difficile est de ne pas prendre la responsabilité de ce que l'autre vit. En d'autres termes, il s'agit de ne plus prendre l'autre en charge, de vouloir le sauver à tout prix, de culpabiliser pour ce qui lui arrive. Mais il ne s'agit pas non plus de jouer l'indifférence. C'est plutôt une attitude d'écoute, de reconnaissance de ce que l'autre vit sans intervenir tant qu'il ne nous le demande pas. Ce qui implique d'avoir une grande confiance en son propre potentiel de guérison...

3. Ne plus avoir de projet ou d'attente implicites par rapport à l'autre
Ce principe nous oblige à clarifier d'abord pour nous-mêmes ce que nous attendons d'eux. En faisant l'exercice, on s'aperçoit très vite que nous sommes peu précis dans ce que nous attendons de l'autre. Nous en sommes même souvent inconscients. Cela exige que lorsque nous demandons quelque chose à quelqu'un, nous soyons prêts à recevoir un refus autant qu'un accord. Cela veut dire également, ne plus laisser l'autre deviner ce que nous voudrions qu'il fasse et qu'il dise... A l'inverse, il s'agit de cesser de deviner ce que les autres attendent de nous et d'apprendre à le leur demander au travers de phrases aussi simples que : "Qu'attends-tu de moi ?".

4. Ecouter ses malaises comme indicateurs des jeux de pouvoir
Les jeux de pouvoir mettant en œuvre des pressions psychologiques, cela engendre assez rapidement des malaises chez les deux personnes en présence. Écouter ses malaises comme des alliés, c'est-à-dire comme des indicateurs d'un dysfonctionnement est une des stratégies les plus puissantes pour reconstruire nos relations. Il est d'ailleurs très utile d'exprimer à l'autre son malaise et, l'inviter à analyser ensemble ce qui se passe dans la relation entre les deux...

5. Oser les confrontations constructives
A la différence d'un conflit, les confrontations manifestent la volonté réelle et explicite de grandir à travers le processus, de se respecter tout en respectant l'autre... Ce principe nous amène à apprendre à "provoquer" des confrontations dès qu'un malaise est ressenti, plutôt que de laisser pourrir une situation, en espérant que le temps arrange les choses. Le principe de base à respecter pour que ces confrontations deviennent constructives, c'est de ne parler que de soi-même en prenant à 100 % responsabilité de ses faits et gestes et, de parler de l'autre en décrivant objectivement ses comportements, sans jugements...

6. Apprendre à se respecter et à poser ses limites
Notre éducation judéo-chrétienne ne nous a pas appris à nous respecter nous-mêmes. Pour arriver à cela, il est impératif d'apprendre à identifier nos besoins, à les nommer et à poser les actes dans le principe de réalité pour que ceux-ci aient une chance d'être satisfaits. Une bonne mesure est de réfléchir aux limites à partir desquelles les besoins ne sont plus respectés, et de les signaler à l'autre. Complémentairement, explorer les limites de ce qui est acceptable pour l'autre peut se révéler très constructeur à long terme car, ainsi, nous sommes sûrs que l'autre ne donnera pas de coups de couteau dans le contrat dès qu'il sera signé.

7. Tirer des enseignements de toutes les expériences
Tant la pensée orientale que systémique nous a enseigné qu'il n'y avait, dans la vie, ni échec, ni réussite. Il n'y a que des expériences par rapport auxquelles nous recevons des feed-back agréables ou désagréables. A partir de là, l'intérêt est de pouvoir retirer des enseignements de toutes les expériences relationnelles que nous ferons, pour nous enrichir et devenir encore plus performants demain, par rapport à hier... C'est ainsi que même en cas de rupture, la relation peut encore être constructive à travers ce qu'elle nous aura appris...